Le coprésident d'EADS, Noël Forgeard, et l'ex-patron de Vinci, Antoine Zacharias, ont-ils une petite idée des dommages que cause à la société française l'indécence de leur enrichissement personnel ? Le premier a vendu un énorme paquet de stock-options à un moment choisi : quelques semaines seulement après l'annonce de mille suppressions d'emplois à la Sogerma (société de maintenance aéronautique située à Bordeaux) et la révélation d'importants retards dans les livraisons d'A380. Plus-value : 2,5 millions d'euros. Sympa pour les vacances. La semaine précédente, l'ex-PDG de Vinci avait été débarqué après les révélations sur ses gains, qui avaient de quoi choquer les plus ardents libéraux. Tous les sociologues l'affirment, la récente explosion de l'enrichissement personnel des dirigeants d'entreprises a des effets dévastateurs sur le tissu social. Selon eux, le balancier est allé bien trop loin. Les stock-options sont censées rétribuer une performance et permettre de retenir des cadres précieux dans certains environnements particulièrement concurrentiels. Soit. Mais ce principe a aussi créé une petite catégorie de dirigeants obsédés par le court terme et par le cours de l'action. En France, dans un pays sans croissance, dominé par un capitalisme sans projet, ce système est devenu de plus en plus difficile à justifier. Il est pour l'essentiel à l'origine du divorce croissant (et préoccupant) des employés et de leur entreprise – jamais celle-ci n'a été aussi peu considérée. Fait intéressant, aux Etats-Unis, le mouvement s'inverse. Il faut noter que des voix éminentes se sont fait entendre : Alan Greenspan, alors président de la Réserve fédérale et Warren Buffet, un des investisseurs les plus riches du pays, avaient tour à tour dénoncé les effets néfastes des rémunérations outrancières. Plus récemment, la presse économique américaine a relevé que les entreprises les plus performantes sont aussi celles où les écarts entre les salaires sont les plus faibles et où les employés sont le mieux traités. Les exemples foisonnent, dans tous les secteurs : grande distribution, industrie lourde, services. En France, cette réflexion reste à mener. Avec des dirigeants comme Forgeard ou Zacharias, le chemin risque d'être long. * Directeur de la rédaction de 20 Minutes
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