De notre envoyée spéciale à Laval et au Mans
Un candidat tout-terrain. Après la banlieue d’Evry mercredi, François Hollande était ce jeudi en Mayenne, pour visiter une exploitation laitière à Parné-sur-Roc. Cohérent, pour le socialiste. «La ruralité a été délaissée, la banlieue a été abandonnée: la France ne peut pas relever les défis si elle ne se rassemble pas autour de ses territoires», lance à la presse celui qui veut, c’est son crédo, «rassembler toute les forces de la France».
A l’aise dans ses bottes bleues chaussées pour affronter la boue et accompagné des agriculteurs, le candidat socialiste a passé en revue, main dans les poches, les 75 vaches laitières du groupement agricole d’exploitation commun du Moussay. Quatre associés dont deux de la même famille, l’oncle et le neveu travaillent ensemble. «Ici c’est un contrat de générations qui a été fait, plaisante le socialiste. Un agriculteur qui va bientôt céder à un jeune, qui transmet une expérience, une technique mais aussi un cheptel», souligne-t-il.
Dans sa besace, le candidat a amené quelques promesses, mais surtout beaucoup d’intentions à l'intention d'un électorat loin d'être acquis à la gauche. «Je veux faire de l’agriculture un enjeu de production pour le pays, un enjeu de qualité pour le consommateur et un enjeu de rémunération pour les exploitants pour qu’il y ait encore une agriculture dans les territoires ruraux», commence par expliquer à la presse le socialiste qui envisage, s’il est élu, de convoquer des Etats généraux de l'agriculture. «Ce que me disent les agriculteurs, c’est qu’ils attendent la négociation de la Politique agricole commune (prévue en 2013) avec impatience et inquiétude», relève-t-il.
Ça tombe bien, lui veut «une nouvelle politique agricole commune», avec une «répartition des aides plus justes», explique Germinal Peiro, le porte-parole de Hollande pour l’agriculture. Pour le moment, 80% des aides européennes vont à 20% des exploitations les plus grosses, car les aides sont calculées selon l’hectare. «Il faut faire entrer le critère de l’emploi dans les aides. Il n’y a pas que l’hectare. Là, c’est un système injuste.»
François Hollande veut aussi «contractualiser» les relations entre les producteurs et les distributeurs pour assurer «plus de stabilité» dans les revenus. Un prix serait fixé d’emblée entre tous les acteurs de la chaîne économique. Le grand gagnant serait «le producteur de matières premières qui est pour l’instant le premier lésé», explique encore Germinal Peiro, tandis que François Hollande mange des chouquettes avec les agriculteurs.
A l’issue de cette visite campagnarde, Christian Doux-amis, l’un des agriculteurs qui accompagnaient Hollande, se disait «plutôt convaincu» par le socialiste. «C’est quelqu’un qui connaît le monde agricole. C’est un Corrézien, ça se voit», note-t-il, même si le socialiste, comme l’illustre Corrézien Chirac n’a pas «tâté» les vaches. Pourtant, il pense que faire évoluer la PAC dans le sens souhaité par le socialiste sera «dur». «Ça fait des années qu’on le dit», souffle-t-il. Son neveu, Germain Sauvage, restait plus dubitatif: «Les hommes politiques ont du mal à me convaincre. C’est beaucoup de paroles et pas beaucoup de mots. Sarkozy n’a pas fait grand-chose pour nous mais Hollande semble avoir une meilleure vision que Nicolas Sarkozy, et il semble plus proche des humains alors que Nicolas Sarkozy a favorisé les industriels.»
François Hollande aura l'occasion de tenter de convaincre les agriculteurs le 28 février, alors qu'il se rendra, toute la journée, au Salon de l'agriculture, à Paris.