Cinq ans de prison. Dans le box des accusés, le petit homme chétif, lunettes sur le nez, accueille le verdict avec sérénité. A 70 ans, Pierrre Ben Nahim comparaissait, depuis lundi, pour le meurtre d'un proxénète survenu... il y a 23 ans. Hier, le jury l'a reconnu coupable, mais la sanction est restée mesurée.
Car faute de partie civile, c'est un procès singulier qui s'est tenu aux assises du Nord, à Douai. Un procès qui mettait fin à une affaire à rebondissements, commencée en 1989, à Lille. A cette époque, Pierre Ben Nahim tient un bar, place des Reignaux, un quartier décrit comme « chaud ». C'est là qu'il rencontre une prostituée parisienne dont il tombe amoureux. Mais comme dans un film noir, le proxénète parisien débarque un jour à Lille pour récupérer sa fille. L'embrouille trouvera son épilogue dans un café à l'angle de la rue Saint-Nicolas et de la rue de Paris. Pierre Ben Nahim abat son rival de trois balles de revolver, en pleine rue.
« Si j'étais juré, je l'acquitterais »
Arrêté, il fait un an de prison. Remis en liberté, le voilà qui s'enfuit au Venezuela. Il sera jugé par contumace et condamné à 30 ans de prison. La justice devra, en revanche, attendre mars 2011 pour mettre la main sur lui, à Casablanca, au Maroc. « Si j'étais juré, je l'acquitterais, a plaidé hier son avocat Eric Dupond-Moretti. Le temps a une résonance judiciaire. Maurice Papon, pour complicité de crimes contre l'humanité, a écopé de dix ans de prison. Alors pour le meurtre d'un proxénète, plus de vingt ans plus tard... ». L'avocat général avait réclamé sept à huit ans de prison. Le jury a été plus clément. « Je ne ferai pas appel, avoue Eric Dupond-Moretti. Il est bientôt libérable » (voir encadré). Dans une salle quasiment vide, Pierre Ben Nahim a pu dire au revoir à sa famille et amis.
Pour Pierre Ben Nahim,le crédit de réduction de peine automatique atteint les onze mois. Il a déjà effectué deux ans provisoires. Ayant donc purgéla moitié de sa peine, il peut rapidement bénéficier d'une libération anticipée.