Le 21 mai 1927, l'Américain Charles Lindbergh devint le premier aviateur à traverser l'Atlantique sans escale. Du moins officiellement. Le Nantais Bernard Decré est lui persuadé que deux Français, le pilote Charles Nungesser et son équipier François Coli, ont en fait réalisé cet exploit douze jours plus tôt. Sa thèse n'est pas encore validée par les autorités internationales. Alors il enchaîne les conférences, comme hier soir au Muséum d'histoire naturelle de Nantes, pour faire connaître ses travaux. Et rétablir la vérité sur l'Oiseau blanc, l'avion biplan dont on a perdu la trace au large des côtes irlandaises, quelques heures après s'être élancé du Bourget pour le fameux record.
Fasciné par ce mystère, Bernard Decré enquête depuis 2006, compilant récits et documents d'époque. Il en arrive à la conclusion que Nungesser et Coli sont arrivés jusqu'à Terre-Neuve puis Saint-Pierre-et-Miquelon, à 25 km du continent américain. « Ils n'avaient plus assez d'essence pour rallier New York comme prévu mais ils avaient réussi la traversée! Il y avait du brouillard ce jour-là. Un pêcheur a entendu l'avion frapper l'eau et ses occupants crier. Le biplan a dû se briser. Eux ont sûrement péri noyés. » Bernard Décré multiplie les témoignages concordants. Et découvre même, aux archives nationales américaines, le télégramme officiel d'un navire garde-côtes rapportant que deux ailes similaires à celles de l'Oiseau blanc ont été repêchées le 18 août 1927. « Le secret était bien gardé et on ne sait toujours pas où sont ces ailes. Il faut comprendre que la compétition pour ce record était féroce. C'était en quelque sorte la première manche Boeing-Airbus! »
Moteur recherché en juin
Pour authentifier irréfutablement sa thèse, Bernard Décré espère donc retrouver le bloc moteur, lequel « repose probablement à 30 m de fond dans un périmètre de 10 km2 près de Saint-Pierre ». Une campagne de fouilles avec sonar et robot sera menée en juin. Longuement préparée, elle sera financée par ses propres deniers et quelques donateurs. « Les découvertes réalisées sont pour moi déjà une victoire. La réussite de Nungesser et Coli ne fait plus de doute. Le petit-fils de Lindbergh lui-même m'a félicité! Ils étaient de vrais fous à qui il faut rendre hommage. »