C'est un regard qui a traversé deux millénaires. Le Palais des beaux-arts de Lille présentait hier sa toute nouvelle acquisition : un portrait funéraire de soldat romain datant de 120 après J.-C. Une œuvre exceptionnelle : seulement mille portraits de ce type ont été découverts à partir de 1888 en Egypte, notamment dans la région du Fayoum, à quelques kilomètres du Caire. « Il y a des années que nous souhaitions acquérir cette œuvre qui est la mère de tous les portraits de la peinture classique », souligne Alain Tapié, directeur du Palais des beaux-arts. Ces portraits du Fayoum sont en effet régulièrement vendus aux enchères, mais difficiles à obtenir. « L'Etat a d'ailleurs dû user du droit de préemption », explique la conservatrice Fleur Morfoisse-Guénault.
L'achat a été conclu l'an dernier, en mai, lors d'une vente aux enchères à Drouot-Montaigne, à Paris, pour la somme de 99 203 €, répartie entre trois acheteurs : la mairie de Lille (40 000 €), le fonds régional d'acquisition pour les musées (30 000 €) et le Crédit Mutuel en tant que mécène (30 000 €).
« A l'origine, ce tableau sur bois ornait le corps momifié d'un militaire romain, raconte la conservatrice. Il a été acheté au Caire vers 1920 par un collectionneur anglais au célèbre antiquaire Blanchard puis revendu à un collectionneur américain en 1983 ».
« Chaînon manquant »
Désormais, l'œuvre va devenir le point d'orgue emblématique d'une nouvelle salle d'exposition du Palais des beaux-arts, au sous-sol. « Après le réaménagement de la scénographie, cette pièce sera consacrée au monde antique méditerranéen et à l'empire gréco-romain », précise Fleur Morfoisse-Guénault.
Le projet est en cours d'étude. Il permettra d'exposer une partie des 2 500 objets égyptiens et nubiens légués par l'université de Lille-III en 2006 et une des momies égypto-romaines du IVe siècle après J.-C. qui sommeillent dans les réserves.
« Ce tableau est le chaînon manquant de cette époque où les portraits peints ont remplacé les masques funéraires, rappelle la conservatrice. Où les civilisations romaines, égytiennes et orientales se sont associées ».