Héritage de la Grèce et de la Rome antiques, la plaidoirie est « un art d'où peut jaillir la magie », estime l'avocat strasbourgeois Pascal Créhange. Outre la pratiquer, il l'enseigne depuis 2006 aux élèves de l'École régionale des avocats du grand-est. Sous l'impulsion de Robert Badinter, il vient de signer « Introduction à l'art de la plaidoirie ». Préfacé par Henri Leclerc, l'ouvrage, publié par la Gazette du Palais et Lextenso éditions (145 p., 26 €), offre la première synthèse sur l'art de plaider.
Existe-t-il une plaidoirie type ?
Il y a autant de façon de plaider que d'avocats. Bien sûr il y a des règles. Il faut avoir une parfaite connaissance du français, du droit, du monde judiciaire, mais la technique ne suffit pas. Il faut être très impliqué dans le dossier. Il y a un champ scénique pour capter l'auditoire par un geste, la présence. Il faut savoir observer, s'adapter. La plaidoirie est un art.
Il y a donc une part de théâtre.
À l'instar des comédiens, on a le trac et des astuces, comme se mordre la langue pour saliver quand la bouche est sèche à force de parler. Mais plaider n'est pas du théâtre. L'avocat n'interprète pas un rôle. Il défend une cause, mène un combat pour convaincre.
La rhétorique, l'art de convaincre, se perd-elle ?
Malheureusement, on ne l'enseigne plus et elle n'est plus utilisée que par les publicitaires et les politiques. Même dans les tribunaux, elle se perd.
Pour quelle raison ?
Les réformes successives, liées au manque de moyens donnés à la justice, font que les magistrats n'ont plus le temps d'écouter de longues plaidoiries. Le législateur, plutôt que de donner plus de moyens à la justice, fait des réformes comme le "plaider-coupable" qui assèche la langue de l'avocat.
Faut-il s'en inquiéter ?
L'apocalypse n'est pas pour demain. Une justice sans plaidoirie ne serait plus humaine, c'est le seul moment pendant lequel on entend la voix du justiciable à travers celle de son avocat.