« Il y a eu des avancées, mais l'escalier est encore très haut à monter »

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Publié le 15 février 2012.

Isabelle Mercier
Secrétaire départementale de la CFDT
Vous êtes, avec Marie-Claude Robin de la CGT, à la tête des deux principaux syndicats de Loire-Atlantique. Est-ce un beau symbole de l'évolution de la place des femmes dans notre société?
C'était difficilement imaginable il y a dix ans en effet. Ça montre que les choses bougent, y compris dans des secteurs très masculins. Mais en même temps, c'est encore assez atypique en France. Et il a fallu une politique volontariste pour en arriver là. A la CFDT, on essaie depuis plusieurs années de repérer des femmes, de les aider à prendre des responsabilités, pour parvenir enfin dans nos instances à l'égalité qu'on revendique. On a réussi, mais il ne faut jamais baisser la garde. Car si on laisse faire, on constate que les hommes réoccupent l'espace assez naturellement.

Est-ce pareil dans l'emploi?
Il y a eu des avancées et les consciences se sont ouvertes. Le principe d'égalité hommes-femmes n'est plus l'apanage d'un petit groupe de femmes. Il est désormais défendu collectivement dans les entreprises. Mais les choses n'évoluent pas partout au même rythme. Il reste beaucoup de progrès à faire et l'escalier est très haut à monter.

Dans quels domaines?
On trouve encore des secteurs exclusivement féminins (médico-social, esthétique, secrétariat...) tandis que l'ouverture aux métiers masculins est souvent présentée comme de l'expérimentation. Cela s'explique d'abord par un problème d'orientation initiale. Les enseignants ont une connaissance partielle du monde du travail, avec des schémas en tête. Il y a aussi un problème de recrutement et de confiance. Dans certains secteurs, comme l'industrie, une femme devra mine de rien davantage faire ses preuves. Sans oublier qu'à CV égal, un employeur préfère souvent un jeune homme à une jeune femme qui pourrait tomber enceinte. C'est encore une réalité, malheureusement.
L'écart de salaires hommes-femmes reste très important dans la région...
C'est en partie parce que les femmes occupent plus souvent des temps partiels ou évoluent dans des secteurs hyper précaires, comme les services à la personne. Il y a aussi une loi qui empêche les discriminations mais la baisse des moyens de l'inspection du travail ne facilite pas les contrôles.

Le partage des responsabilités au sein des entreprises tend-il à s'équilibrer?
Je ne crois pas, les patrons qu'on rencontre sont quasiment toujours des hommes! Le Medef s'est engagé à changer ça mais, dans les boîtes, ça ne suit pas. Les dirigeants devraient préparer leur renouvellement. En ont-ils envie?
La politique fait-elle figure d'exemple?
Pas vraiment, car si les discours et les règles ont changé, les hommes gardent la main. Il n'y a qu'à regarder qui sont les élus à la tête de nos collectivités locales pour s'en rendre compte.

Et les femmes, ont-elles leur part de responsabilité dans ces inégalités?
Je pense. Elles ne saisissent pas toutes les libertés auxquelles elles peuvent prétendre. Ce qui m'étonne c'est qu'elles ne se mobilisent pas plus sur ces questions alors qu'elles le font sur des problématiques plus générales. Il y a parfois comme une barrière psychologique, une autocensure. C'est sûrement un profond travail d'éducation à mener, dès la petite enfance.Recueilli par F.B.

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