« Il reste tout à faire, constate Imad, 27 ans, employé d'une ONG européenne. En fait, malgré ce que nous pensions aux lendemains du 11 février 2011, presque rien n'a changé. Nous devons, nous, les jeunes de la place Tahrir, nous mobiliser pour arriver au pouvoir et nous assurer que le Conseil suprême des forces armées [CFSA] aura bien passé le relais en juin prochain. » Sauf que les élections passent [les législatives à l'automne dernier, les sénatoriales actuellement] sans que les jeunes de Tahrir semblent réussir à concrétiser leurs élans révolutionnaires dans les urnes. « On a raté cette échéance, reconnaît Imad. Mais il faut que l'on se prépare pour les prochaines élections et que l'on change de stratégie : que l'on aille parler au peuple, comme le font le Parti de la liberté et de la justice et Al-Nour [les Frères musulmans et les Salafistes, près de 60 % des sièges au Parlement]. » Les jeunes ne sont pas les seuls à s'être fait confisquer leurs espoirs politiques. Les femmes aussi ont disparu des écrans : elles sont seulement onze à siéger aujourd'hui à l'Assemblée.
Lieu de rendez-vous
des marchands ambulants
La grande gagnante semble-t-il, c'est l'insécurité. Taxis, commerçants, tous se plaignent d'une violence dont l'Egypte se croyait jusqu'alors épargnée. Epicentre de la révolution, la place Tahrir, est devenu le lieu de rendez-vous des marchands ambulants. On slalome désormais entre les graffitis et les odeurs d'urine. Toute voilée de noir, une femme avec une poussette marche au bras de son mari, longue barbe et zebiba, la marque du musulman pieux. « Tiens, voilà la nouvelle famille égyptienne », ironise Chaban, documentariste francophone. Musulman pratiquant, il a du mal à se reconnaître dans ces pratiques religieuses ostentatoires. Le Caire compte 20 millions d'âmes et presque autant de cas particuliers. Pas facile d'y trouver le consensus.envoyée spéciale
au Caire, Armelle Le Goff