Dans le cortège, rassemblé hier devant l'Inspection académique, la plupart des 300 manifestants ont évoqué la même frustration : celle de devoir composer avec les fermetures de classes et les suppressions de postes. Avec son piquet à la main, Caroline Brendel, enseignante à l'école élémentaire de Mertzwiller, s'est ainsi dite inquiète pour l'avenir de son établissement scolaire. « A la rentrée de septembre, on va passer de dix classes à neuf. Cela va avoir pour conséquence une augmentation des effectifs de 23 élèves par classe à près de 30 », réagit-elle.
En signe de protestation, les enseignants en colère, venus de tout le département, ont accroché des poupées aux grilles du bâtiment, comme pour mieux « symboliser les générations sacrifiées » de l'Education nationale, a insisté Christian Moser, le secrétaire départemental du syndicat enseignant UNSA.
Education à deux vitesses
Sur les 409 postes supprimés à la prochaine rentrée scolaire, dont 108 dans le Bas-Rhin, certains concernent des emplois de Rased, ces enseignants spécialisés dans l'accueil des élèves en grande difficulté. Sophie, une enseignante strasbourgeoise qui a préféré taire le nom de son établissement, est venue pour crier son mécontentement suite à la suppression d'un de ces emplois : « On n'aura plus de Rased rattaché à notre école pour prendre en charge ces enfants qui rencontrent des difficultés scolaires ou de comportement, explique-t-elle. Ce sera aux enseignants de s'en occuper avec des effectifs de trente par classe. On fera donc avec les moyens du bord. » Sa crainte ? Que l'école privée soit préférée à l'enseignement public : « On créera à ce moment-là une éducation à deux vitesses qui pourra être préjudiciable », dit-elle.
Selon les syndicats, les restrictions budgétaires expliquent ces mesures, qui pourraient avoir des conséquences pour les parents d'élèves. « A l'école maternelle d'Urmatt, on va fermer l'accueil des 2 ans. Les parents vont devoir se débrouiller. Ce n'est pas normal. On va demander des comptes et des explications », a indiqué Christian Moser.