Richard Yates, de Tao Lin, est un étrange roman. D’abord, il n’a rien à voir avec l’écrivain Richard Yates (1926-1992), qui y est simplement mentionné six fois. Ensuite, les deux personnages principaux s’appellent Haley Joel Osment (comme l’acteur du Sixième Sens) et Dakota Fanning (autre jeune actrice de 17 ans), mais ce sont simplement deux jeunes pommés, qui chapardent, qui essaient une histoire d’amour et qui s’ennuient beaucoup.
On serait vite tenté de dire que ce roman est un pur produit du XXIe siècle. Qu’avec cette écriture froide, il raconte la vie de jeunes gens qui s’aiment à l’heure de Google. Mais on aurait tort. Certes, Tao Lin est un écrivain jeune (27 ans) doté d’un blog, d’un compte Twitter («Je passe parfois des heures à éditer un tweet, plus que mes romans», explique-t-il à 20 Minutes), d’un TumblR. Il poste des vidéos de lui avec ses copains, ou avec sa femme (il s’est marié sur un coup de tête à Las Vegas. «On s’est dit que ce serait marrant» et ils ont mis la vidéo en ligne). Certes, les protagonistes se rencontrent sur Internet, passent beaucoup de temps sur le Web, lisent leur mails sans cesse, se parlent par chat et par sms. Mais leur difficulté à se comprendre, à vivre, leur souffrance et leur ennui n’a rien à voir avec le Web.
«Les changements que produit Internet ne sont que superficiels»
«Chaque fois que j’écris les mots sms ou mail, on pourrait remplacer par le mot lettre», précise Tao Lin. «Oui, les personnages vivent dans notre monde d’aujourd’hui. Mais ils font partie d’un petit pourcentage, de gens qui se sentent seuls, et souffrent, que la littérature a toujours montrés». Ce sont des exclus intemporels. Ils ont du mal à vivre, à se supporter. Ils semblent glisser sur un édredon sépulcral.
«La vie, la mortalité, l’impossible ubiquité: les changements que produit Internet ne sont que superficiels, rappelle Tao Lin. Les choses immuables, c’est ce sur quoi je travaille dans ma fiction. La condition humaine ne change pas avec Internet».