Jean-Yves Le Drian: «La Bretagne est malade des algues vertes, mais elle se soigne»

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Publié le 9 février 2012.

INTERVIEW - Le président du Conseil régional de Bretagne assure que le problème des algues vertes sera résolu grâce aux plans d'actions mis en œuvre dans les huit baies concernées...

Algues vertes, sangliers morts asphyxiés et échouage du cargo TK Bremen: la Bretagne a traversé une tempête de déboires environnementaux qui pourraient en faire une région maudite pour l’environnement. Mais pour le président de la région, Jean-Yves Le Drian, des actions efficaces ont été mises en œuvre et l’image de la Bretagne ne sera pas ternie par le vert des algues ou le noir du pétrole.

On fait en général peser la responsabilité des algues vertes sur les élevages porcins, mais vous n’êtes pas tout à fait du même avis, pourquoi?

Il ne faut pas caricaturer la situation: il y a des algues vertes en Bretagne dans huit baies, en plus ou moins grande intensité en fonction de plusieurs paramètres: l’ensoleillement, la pluviométrie, la morphologie de la baie. Dire que c’est la faute de l’élevage intensif des cochons ne correspond pas à la réalité scientifique. Il est vrai que dans tous les cas de figure, c’est l’afflux d’azote qui est l’élément provocateur, et qu’il provient en grande partie des exploitations agricoles, mais pas uniquement: il peut aussi provenir de l’activité humaine, par exemple de l’absence de stations d’épuration.

Comment la région peut-elle lutter contre les algues vertes?

On est malades, mais on se soigne! Le travail engagé en partenariat avec l’Etat se fait par baie, avec une un diagnostic, une charte et un programme d’actions spécifique pour chacune. Nous avons signé samedi le troisième contrat et les cinq autres sont en cours de gestation. L’objectif est d’aboutir à l’éradication des algues, essentiellement par réduction de la production d’azote en limitant les intrants, en privilégiant par exemple les systèmes à base d’herbe et en aidant la reconversion vers une agriculture de qualité, bio ou de proximité. Il y a un diagnostic par exploitation, c’est du cousu main, et des compensations financière variables selon les territoires. Un dialogue parfois dur c’est instauré mais je pense que nous allons aboutir.

Comment sont élaborés ces plans d’action?

Les acteurs de terrain se réunissent pour cela, agriculteurs, associations écologistes, élus,  et un comité scientifique indépendant valide les plans, qui seront révisés tous les ans. Le programme est prévu pour durer qu’en 2020. L’Etat et la région y mettent de l’argent, notamment pour compenser les pertes des agriculteurs quand ils y sont exposés. Les besoins de formation, de conseil et d’accompagnement sont aussi considérables et c’est là que l’accompagnement par les pouvoirs publics peut jouer son rôle.

Ne faudrait-il pas revoir plus largement le modèle agricole breton, notamment en diversifiant les cultures?

On fait déjà un peu de tout en Bretagne: de la vache, du poulet, du cochon, du légume,… Le discours de certains écologistes était de montrer le cochon du doigt mais ce n’est pas si simple. Vous pouvez avoir des zones d’élevage intensif sans algues vertes, et des zones d’algues vertes sans élevage intensif.

Un décret passé cet été, qui modifie les conditions d’épandage, a été vivement contesté par les associations. C’est un retour en arrière?

Le décret est une application d’une directive européenne qui a été mal traduite: en voulant faire mieux, on fait moins bien. Ce décret n’est pas opportun mais ne remet pas en cause l’action engagée sur les huit baies concernées.

Etes-vous favorable à la méthanisation comme solution aux algues vertes?

La méthanisation est une solution mais ce n’est pas la seule. On dit oui, à condition qu’elle n’entraine pas un surplus d’azote, car le process n’abat par les quantités d’azote qui sortent du méthaniseur, et qu’elle n’entraine pas non plus la mise en culture d’espaces qui devraient être consacrés plutôt à l’herbe. C’est à coupler avec d’autres actions d’évolution des pratiques, notamment du fait de l’intérêt de son modèle économique: possibilité de diversification donc de sécurisation du revenu pour l’agriculteur par la production d’énergie et diminution de l’achat d’engrais minéraux du fait des caractéristiques de la matière sortante du méthaniseur, plus directement assimilable par les cultures.

Où en est le nettoyage de la plage où s’est échoué le TK Bremen en décembre?

Il est en train de se finir, ça a été très bien mené. Le cargo est parti en petits morceaux et va être recyclé. Nous sommes très vigilants sur les aspects environnementaux sur ce site classé Natura 2000, nous ne laisserons rien passer. Ca n’empêche pas que nous portions plainte: depuis l’affaire de l’Erika il y a eu une avancée considérable qui s’appelle le préjudice écologique, c’est-à-dire l’atteinte à l’image et à l’intégrité physique du territoire. C’est pour ça que j’ai porté plainte contre le coupable que le tribunal va désigner, vraisemblablement l’armateur. J’ai d’autre part demandé que les autorités portuaires aient plus de pouvoir et qu’elles puissent interdire aux bateaux de sortir quand il y a un danger.

Propos recueillis par Audrey Chauvet
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