Claude Guéant a-t-il réussi son coup ? Le ministre de l'Intérieur, auteur d'une sortie polémique ce week-end sur « les civilisations qui ne se valent pas », récidiviste hier matin sur le plateau de « La Matinale » sur Canal+, a entraîné une réaction non moins polémique d'un député du groupe Socialiste, radical et citoyen (SRC), tranchant avec les réactions fermes, mais mesurées, des pontes socialistes. « Vous, M. Guéant, vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration », a lancé Serge Letchimy (SRC), député martiniquais, alors que le ministre semblait rigolard. Résultat : le gouvernement, fait rarissime, quitte l'Hémicycle, la séance est suspendue et François Fillon demande à la gauche des excuses.
Le PS se retrouve pile à l'endroit où François Hollande redoutait d'aller : sur le terrain glissant de la polémique et de l'invective. Plusieurs fois, le candidat socialiste avait martelé qu'il « ne se laisserait pas entraîner sur ce terrain », appelant son camp au calme. « La droite a peur de perdre, alors elle veut faire peur aux Français pour qu'ils renoncent au changement », expliquait-il à 20 Minutes après la polémique sur le « sale mec » mi-janvier.
Lundi à Dijon, Hollande avait réagi sobrement à la sortie de Guéant, jugeant que le ministre « ferait mieux de s'occuper de la société ». Et consigne avait été passée de ne pas surréagir aux propos de Guéant. Hier soir, il en a remis une couche au « 20 heures » de France 2, expliquant qu'il « réprouve » cette « polémique inutile » et qu'il comprenait ce député « blessé et humilié ». C'est malgré tout le ministre qui a gagné sur le plan médiatique. « Il a atteint son but, concède Bernard Cazeneuve, l'un des porte-parole de François Hollande. Pendant ce temps, on ne parle pas des problèmes des Français et notamment de la hausse du chômage. » Il prend soin de préciser que « personne au PS ne pense que quiconque au gouvernement ait des accointances avec l'idéologie nazie ».
En attendant, c'est la droite qui monte au créneau. « Dans l'indécence et l'insulte, le PS de François Hollande n'a plus aucune limite », a attaqué Jean-François Copé. « En laissant dire, puis en ne condamnant pas ces propos, le PS commet une inadmissible faute morale qui le déshonore », tance-t-il encore.