Emmanuel Gras: «Le regard incompréhensible et paisible des vaches m'a troublé»

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Publié le 22 février 2012.

CINEMA - Le réalisateur nous parle de son film «Bovines», une ode à la beauté des Charolaises, en salle ce mercredi...

Emmanuel Gras n’a pas peur des moqueries. Son dernier film, Bovines, en salle le 22 février et présenté au Festival international du film d’environnement à Paris cette semaine, a pour sujet unique la vie des vaches dans les champs. Sans voix off, sans musique, sans rien d’autre que le regard des vaches. Et pendant 64 minutes, on ne s’ennuie pas à suivre le regard de ces héroïnes peu communes. Emmanuel Gras nous explique d’où lui vient cette passion pour les vaches.

Comment vous est venue l’envie de filmer des vaches?

Pendant des tournages précédents à la campagne, j’avais observé cet animal qui me plaisait à cause de son regard: il a un côté incompréhensible et paisible qui m’a troublé. Et puis j’avais une réflexion sur les documentaires animaliers: on fait des films sur les animaux exotiques qui vivent des aventures, mais pas sur les animaux d’élevage proches de nous.

Avez-vous appris à communiquer avec les vaches?

Les vaches parlent entre elles: il y a des meuglements différents, elles sont très expressives. Je ne suis pas campagnard et même si j’avais l’idée qu’elles pouvaient avoir une vie sociale, j’ai été étonné par leurs comportements. Par exemple, elles se lèchent beaucoup entre elles, il y a des affinités entre certaines qui forment des couples et s’occupent l’une de l’autre. Elles sont aussi très curieuses et malines.

Comment avez-vous choisi les troupeaux que vous filmez?

J’ai filmé plusieurs troupeaux de taille moyenne en Basse-Normandie, j’ai choisi ce coin vallonné pour des raisons esthétiques. Ce sont des vaches à viande, je voulais des Charolaises car elles sont blanches, des vaches «classiques» pour moi. Les éleveurs ont tout de suite été d’accord et n’étaient pas étonnés de ma démarche. Je m’attendais à ce qu’ils se moquent de moi, mais en fait ils étaient curieux de savoir ce que font les vaches quand ils ne sont pas là. Elles changent de comportement en leur présence.

Est-ce un film contre l’élevage et la consommation de viande?

Non, j’ai voulu montrer le vivant derrière l’assiette et questionner, sans critiquer, les fondements de l’élevage, en me mettant du côté des animaux. Ce film a changé ma vision de l’élevage: l’élevage est un échange, une relation nécessaire entre un être humain et un animal mais qui ne doit pas se faire dans n’importe quelles conditions. Je ne suis pas végétarien, mais j’aimerais qu’on voit que la vache, considérée comme un animal un peu bête et frustre, a aussi du ressenti et des sensations.

Que se passe-t-il dans la vie d’une vache?

Pendant les 64 minutes du film, il se passe pas mal de choses. Le rythme est bien sûr lent, mais il y a des événements, importants ou pas. C’était mon défi: sur un sujet où on a peur de s’ennuyer, il fallait trouver la narration, le cadre, le rythme, le montage pour capter le spectateur. En sortant, j’aimerais que le spectateur se dise: «Je n’aurais pas cru qu’une histoire de vaches puisse me captiver.»

Propos recueillis par Audrey Chauvet
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