Le 6 février marque le début des festivités célébrant les soixante ans de règne de la reine Elizabeth. Marc Roche revient sur la personnalité de la souveraine, âgée de 85 ans, et sur la perception des Britanniques.
La vie de la reine est très secrète. Comment avez-vous fait pour enquêter?
Le principe de base pour tout ce qui concerne la monarchie, c’est que ceux qui savent ne parlent pas et ceux qui parlent ne savent pas. La monarchie britannique est un monde totalement fermé aux outsiders, en particulier aux journalistes, puisque tous les membres de la famille royale ont en commun la détestation des médias. La reine est toutefois sensible à l’image de la monarchie, et a timidement ouvert l’accès du palais aux journalistes. Etant francophone et étranger, je ne suis pas mêlé à toute l’hystérie de la presse populaire dans l’esprit du palais. A force de persuasion, la reine qui parle le français et aime beaucoup la France, a donné son approbation pour que l’on m’aide dans mes recherches.
Que peut-on dire de sa personnalité?
Sa personnalité officielle est difficile à cerner. Elizabeth II a réussi à donner une image d’ouverture tout en se tenant au-dessus de la mêlée. Elle n’a jamais accordé d’interview à la presse, ses discours sont toujours écrits par le gouvernement. Elle a réussi à préserver la dignité de l’institution royale. Sa personnalité privée se dérobe également aux observateurs. On ne sait pas ce qu’elle pense, on s’en doute. On ne sait pas non plus comment elle vit. Il n’y a aucune aspérité, elle est lisse. C’est une femme timide, qui aime les plaisirs de la campagne et qui est très attentive au protocole. Elle appartient à une génération où l’on ne montre pas ses émotions. Elle vous parle comme si vous étiez la personnalité la plus importante qu’elle ait jamais rencontrée mais elle ne vous voit pas. Vous avez l’impression qu’elle regarde au travers de vous, c’est très étrange.
Que pensent les Britanniques de leur reine?
Ils l’adorent, la monarchie n’a jamais été aussi populaire et la reine est au top de sa popularité. Elle symbolise la dignité de la fonction à l’inverse d’autres membres de la famille royale. Elle a tout sacrifié à la tâche, y compris sa famille. De l’avis général elle n’a pas été une très bonne mère même si elle a été une bonne grand-mère. Dans les temps tourmentés que connaît le Royaume-Uni, avec la crise économique, la crise des institutions, les différents scandales, elle apparaît comme un point fixe dans la tourmente. C’est la seule qui échappe à la déliquescence actuelle du royaume. La reine est aussi le symbole de l’unité du pays au moment où des forces centrifuges se mettent en branle, comme l’Ecosse qui rêve d’indépendance. En étant à la tête de 15 des 54 états membres du Commonwealth, elle permet également à la Grande-Bretagne de «boxer au-delà de sa catégorie». Sur le plan international elle a joué un grand rôle, car même si elle ne discute jamais des dossiers bilatéraux, l’éclat de la royauté britannique est tel que la diplomatie en profite. La reine pousse de manière indirecte les intérêts britanniques.