Le tribunal correctionnel de Saverne juge aujourd'hui un homme de 60 ans, soupçonné d'avoir escroqué « pendant plusieurs mois » la caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) du Bas-Rhin. L'arnaque était ambitieuse : élaborée avec la complicité de quatre sociétés de taxi, elle consistait à se faire rembourser des bons de transports pour des trajets médicaux entre Ingwiller et un centre de dialyse à Strasbourg. Montant du préjudice : 102 000 €.
La CPAM, qui s'est constituée partie civile au procès, avait découvert le manège de ce patient sexagénaire, grâce à une cellule spécialisée dans la lutte contre la fraude. Créée en 2010, elle est constituée d'une équipe de « quatre personnes chargées des investigations », précise Marie-Paule Glady, sous-directrice de la CPAM, responsable de la maîtrise des dépenses de santé. Selon elle, la surveillance des feuilles de soins, prescriptions ou arrêts maladie est aussi assurée par des « collaborateurs travaillant dans d'autres services ».
Préjudice : 1,6 million d'euros
En 2011, la CPAM du Bas-Rhin a déposé 23 plaintes contre des assurés sociaux, suspectés de fraudes. Identifiés lors de « signalements » ou grâce à un système informatique spécial qui épluche les dossiers, ils auraient détourné l'an dernier près de « 1,6 million d'euros ». « En 2010, le préjudice subi dans le département s'élevait à 1,3 million d'euros. C'est inadmissible, dénonce la sous-directrice, car cet argent aurait pu servir à prendre en charge d'autres prestations médicales. Cette somme équivaut ainsi au prix de deux unités d'IRM. »
Devenue une priorité, la lutte contre la fraude a su s'adapter aux techniques employées par les fraudeurs. Falsifications de feuilles de soins, délivrance de faux arrêts maladie, surprescriptions, trafic de médicaments ou soins imaginaires, chaque cas suspect d'escroquerie est signalé à la justice. « On travaille avec les forces de l'ordre. Par exemple, sur des opérations routières pour contrôler le transport sanitaire », conclut Marie-Paule Glady.