Rimski-Korzakov, Rachmaninov, Tchaïkovsky, Stravinsky, Prokofiev, Chostakovitch.... Autant de compositeurs célèbres à l'honneur de la 18e édition de la Folle journée de Nantes. Le festival de musique classique, qui débute cet après-midi et s'achèvera dimanche soir, a choisi pour thème « Le Sacre russe », vaste panorama de la musique russe de 1850 à nos jours. « Soit 160 ans de créations exceptionnelles, dont beaucoup ont révolutionné la musique du XXe siècle », estime le festival. Pas moins de 1800 artistes se produiront sur scène. Des interprètes de renom (Boris Berezovsky, Brigitte Engerer, Nicholas Angelich, Patricia Kopatchinskaya...), de grands ensembles (orchestre symphonique de Lahti, Sinfonia Varsovia...) et, bien sûr, beaucoup de chœurs cette année (Capella de Saint-Pétersbourg, chœur symphonique de l'Oural, chœur du Patriarcat russe...). F.B.Ce Barbier-là ne rase pas. Bien au contraire. Depuis la première Folle Journée en 1995, il entraîne son auditoire d'un ton passionné dans les méandres de l'histoire. Si bien qu'au fil du temps, ce Tsar de la musique commentée est devenu aussi convoité que les stars du festival. Des ondes radios aux salons de la Folle Journée ou de ses entreprises partenaires, Patrick Barbier propage une même ferveur : « J'aime transporter les gens dans une époque, comme s'ils y étaient, et leur faire partager les confidences d'un compositeur ».
A 55 ans, cet historien nantais nourrit deux amours : l'Italie, et ses airs d'opéras pour lesquels il a écrit tant d'ouvrages, et la Russie, thème de cette 18e édition. « Ces deux peuples ont en commun une chaleur humaine. La particularité de l'âme russe, c'est ce passage violent entre des moments d'exaltation et des états mélancoliques profonds. » Son compositeur préféré : le Russe Piotr Illitch Tchaïkovsky. « Il sort ses tripes et mêle toutes les gammes de la passion humaine, de la révolte à l'abattement le plus total. »
Sur un air de Tchaïkovsky
Aujourd'hui et vendredi, Patrick Barbier consacrera une conférence à la Symphonie pathétique de Tchaïkovsky. Une œuvre prémonitoire de la mort mystérieuse du compositeur. « On a dit que le choléra l'avait emporté mais il s'est probablement suicidé. Soit de sa propre volonté, soit parce qu'un tribunal d'honneur lui en a intimé l'ordre à cause de son homosexualité. On sent dans cette pièce, qu'il a dirigé neuf jours avant de mourir, une volonté de braver le destin puis une résignation. C'est un requiem pour lui-même. »
Cette histoire, Patrick Barbier l'a intégrée dans une pièce de théâtre, jouée aux scolaires et pour la première fois au public de la Folle Journée. Tchaïkovsky, c'est encore lui que l'on retrouve dans son salon, encastré dans une série de poupées russes. « Un clin d'œil kitsch qu'on m'a offert. J'ai éclaté de rire en voyant ça. »
Titulaire d'un doctorat en italien, « la langue la plus musicale du monde », cet ancien élève au lycée Saint-Stanislas à Nantes voue un goût immodéré pour la voix. C'est dans une chorale qu'il rencontra en 1972 son ami René Martin, le directeur artistique de la Folle Journée. La voix, c'est aussi celle des castrats, avec en tête Farinelli. Puis les chœurs russes, « graves et profonds, parmi les meilleurs au monde ». Des mots dits avec une voix si chantante qu'ils sont en soit une invitation au voyage musical.