Le lieu du rendez-vous n'avait pas été choisi au hasard. Hier, les militants de l'association Initiative citoyenne alsacienne 2010 (ICA) ont lancé leur appel pour l'instauration d'une charte linguistique régionale depuis le restaurant A l'Alsacien. « Nous assistons à un réel gâchis, a déclaré Pierre Klein, le président de l'association. Il est grand temps que la région se préoccupe du sort de la langue régionale car son existence est menacée. »
Partisans de la conservation coûte que coûte de la langue alsacienne, « mélange d'allemand dialectal d'Alsace et d'allemand standard », ces défenseurs du patrimoine local ont déjà recueilli 1 216 signatures de soutien. Ils espèrent rallier le maximum de personnes à leur cause*. « Cette charte linguistique est destinée à transmettre un savoir-faire à nos enfants. Avant, le dialecte était communément parlé dans la rue. Aujourd'hui, on ne l'entend plus. Le lien est rompu. Il faut une loi pour rétablir les droits », poursuit Pierre Klein, qui va jusqu'à demander l'organisation d'un référendum. « Les habitants doivent être consultés pour avoir leur opinion. Ensuite, la région doit s'investir davantage dans la promotion de l'alsacien, en lançant des États Généraux ou des Assises du bilinguisme », précise-t-il.
Organisation d'un référendum
Selon l'ICA, l'enseignement en classe de la langue allemande a fortement chuté. L'association déplore un apprentissage au rabais. « Du Moyen Âge jusqu'en 1945, on étudiait l'allemand à l'école. Aujourd'hui, 90 % de la population scolaire alsacienne apprend le minimum, avec des cours de 1 à 3 heures par semaine. On demande à ce que le système bilingue intensif soit prolongé aux collèges et aux lycées », souligne Pierre Klein.
Se revendiquant d'un mouvement d'union des diversités et « non des extrêmes et de l'autoritarisme », l'ICA voudrait que l'allemand ne soit plus « considéré comme une langue étrangère, prône un des militants, Jean Peter. Dans les manuels scolaires aussi, il faut changer l'image de l'Allemagne, représentée souvent par Bismarck ou la période nazie. »
* www.ica2010.fr.
Les militants de l'association Initiative citoyenne alsacienne 2010 (ICA) ont encouragé hier les jeunes à apprendre l'allemand pour, disent-ils, profiter des postes qui sont à pourvoir de l'autre côté du Rhin. « Il y aurait entre 15 000 et 20 000 postes disponibles pour des bilingues, précise Pierre Klein, le président de l'ICA. Problème, même si les candidats sont qualifiés pour ces postes, ils ne l'obtiennent pas à cause de la barrière de la langue. Il faut donc remédier à ça. »