De notre envoyée spéciale à Cannes
Durant quatre jours, les acteurs du marché international de l’édition musicale ont parlé chiffres et perspectives. Hadopi, numérique, chanson française… Que faut-il retenir de la 46e édition du Midem? Eléments de réponse.
Nouveau directeur, nouvelle formule cette année
Bruno Crolot, le tout nouveau directeur de l’événement, a voulu marquer une rupture. Cette année, le Midem a non seulement été réduit à quatre jours, mais il a également fait peau neuve. En plus des tables rondes sur l’avenir de la musique et des conférences, un festival a été mis en place. Des soirées de concerts (avec notamment Selah Sue, Brigitte, Shaka Ponk, Orelsan, Stuck in the Sound…), également ouverts aux Cannois, ont rythmé cette 46e édition. Par ailleurs, Bruno Crolot a souhaité «viser un écosystème plus large que l’industrie musicale elle-même, en intégrant les acteurs des technologies, les artistes indépendants et les marques».
Coup d’envoi du Centre national de la musique (CNM)
Il a été donné par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, à l’ouverture du Midem samedi, par la signature d’un accord-cadre avec la filière musicale. A l'instar du septième art, qui a son Centre national du cinéma, la musique va donc avoir elle aussi son organisme public. Le CNM aura pour mission de fédérer les acteurs du secteur et leur permettre de bénéficier de nouvelles ressources pour financer la création. Ce centre sera en partie financé par une taxe sur les fournisseurs d’accès à Internet. Lundi, les représentants de la filière musicale se sont félicités que le CNM ne fasse pas l’objet de débats «partisans». La droite comme la gauche ont apporté leur soutien au projet. Grâce à la création d’une «association de préfiguration du CNM» dans les prochaines semaines, le gouvernement souhaite que l’organisme puisse démarrer son action dès cette année.
Le marché du disque toujours négatif
D’après les chiffres dévoilés lundi par le Snep, syndicat des producteurs de disques, les ventes physiques en France ont accusé une nouvelle baisse en 2011: -11,5% par rapport à 2010, à 412,6 millions d’euros. Dans son sillage, le marché de la musique enregistrée (qui comprend aussi bien le téléchargement légal, que le streaming et les CD) a reculé pour la neuvième année consécutive (-3,9% par rapport à l’an dernier).
Essor important des ventes numériques
Le marché de la musique numérique a en revanche connu un bond de 25,7% en 2011 par rapport à l’année précédente. «Le cap des 100 millions d’euros a été franchi [110,6 millions pour être exact], nous étions à 88 millions d’euros en 2010, s’est réjoui le Snep lundi. Cela représente aujourd’hui 21% des ventes de musique enregistrée.» Les revenus du streaming (provenant soit de la publicité soit des abonnements), en particulier, ont fortement progressé à 40 millions d’euros en 2011 (+74% par rapport à 2010). Ces bons chiffres amènent le Snep à penser qu’il y aura une inflexion «l’année prochaine ou dans deux ans». «Le pari du numérique est en passe d’être gagné en France», a-t-il souligné.
Le répertoire géré par la Sacem s’exporte très bien
Il représente aujourd’hui le premier répertoire non anglo-saxon à l’export, a indiqué la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) dimanche. Il se situe ainsi au troisième rang mondial derrière les Etats-Unis et le Royaume Uni. 80 millions d'euros ont été perçus à l'étranger en 2011 (+8% par rapport à 2010). Un bilan qui s’explique par la grande vitalité des classiques de la chanson française à l’étranger, le succès de la «jeune garde» électronique (David Guetta, Bob Sinclar, Air, Justice) et de la jeune scène nationale (Zaz, Selah Sue, Hindi Zahra, etc.).
Les projets de François Hollande inquiètent l’industrie musicale
Supprimer la loi Hadopi, comme le souhaite le candidat socialiste à l’élection présidentielle, pour la remplacer par une nouvelle loi (encore très floue), «c’est nous renvoyer au Moyen-Age numérique», a déclaré lundi Denis Ladegaillerie, le président du Snep. «Si on dit qu’on va supprimer la Hadopi pour la remplacer, il faut dire par quoi avant l’élection», a ajouté Laurent Petitgirard, président du conseil d’administration de la Sacem. L’Upfi, le syndicat des producteurs indépendants, s’oppose également à la suppression de la riposte graduée. Son maintien permettrait «d’encourager le développement de l’offre légale», a-t-il indiqué.