Dans une élection, il y a le troisième homme. Et depuis dimanche, dans les interviews présidentielles, il y a le quatrième homme : François Lenglet, directeur de la rédaction de BFM Business. Après sa prestation, c'est le déluge d'éloges sur Twitter (« Sarkozy surpris : un journaliste ! », « trop fort » etc.). Alors que l'interview a été suivie par 15,7 millions de téléspectateurs, Christian Delporte, historien des médias, ironise : « On est surpris en France quand un journaliste fait son métier, mais c'est plutôt la règle dans les démocraties ! » Pour lui, Lenglet plaît « parce qu'il donne l'impression d'avoir potassé ses dossiers et le fait avec modestie. Et le public aime bien ses petits graphes. » Lenglet, qui fait jaillir camemberts et statistiques dans l'émission de France 2 « Des paroles et des actes », dit pratiquer « une forme un peu primitive de data journalisme » et « avoir le cœur qui bat » quand il découvre un chiffre surprenant. « Même si le chiffre doit être un aiguillon, pas une religion. » Il souligne aussi qu'avec la crise, « le besoin de pédagogues est plus fort. Ma présence est aussi la reconnaissance médiatique des chaînes économiques et des chaînes d'infos. » Delporte renchérit : « Avec la crise, les journalistes politiques semblent avoir disparu. Dimanche, on avait deux journalistes éco et deux présentateurs vedettes. Mais une élection est politique, pas juste une histoire de règles économiques… »Anne Kerloc'h