Révélé fin 1980 avec Les aventures de Luc Leroi, Jean-Claude Denis bâtit une œuvre articulée autour de la complexité des rapports humains. Son succès, Quelques mois à l'Amélie (Dupuis), a reçu le prix du dialogue et de l'écriture à Angoulême en 2003.
Deux heures avant la remise des prix. Mon éditeur est venu me taper sur l'épaule alors que je dédicaçais sur son stand. Il m'a annoncé la nouvelle, et m'a demandé de ne surtout manifester aucune euphorie (rires).
Encore confuses. Je commence à mettre en perspective tous les noms de ceux qui ont été grand prix depuis trente-neuf ans. C'est très impressionnant d'arriver après Franquin, Fred, Bilal, Tardi, ces auteurs me faisaient rêver à une époque où je n'imaginais même pas faire de BD.
Non, car je ne fais aucun complexe au niveau de la BD, mais l'idée d'intégrer un tel Panthéon m'intimide encore. Même si je sais que mon nom circulait depuis un moment, ça reste inattendu… et inespéré !
Matériellement, je l'ignore. Etre grand prix, ça n'est pas comme passer à «Apostrophes» ou monter les marches à Cannes: on est honoré, mais pas pour autant assuré de vendre plus de livres. L'aspect le plus bouleversant, c'est qu'être nommé grand prix implique de présider l'édition suivante. C'est l'occasion d'imprimer sa «marque» sur certains des aspects visuels –l'affiche, pour commencer, et sur certaines manifestations: expositions, spectacles, etc.
Pour l'instant, elles se bousculent, et c'est une belle cacophonie (rires). J'aimerais présenter des œuvres d'auteurs que le public ne connaît pas forcément ou qu'il a oubliées. Et j'aimerais surtout dévoiler des originaux lors des différentes étapes de création, révéler nos petits secrets de fabrication. La bande dessinée obéit à des processus compliqués. Je souhaite qu'ils soient moins mystérieux pour le public.