Tout est calme. Les rues sont désertes, les trottoirs propres et les voitures garées. Mais derrières les haies bien taillées des pavillons de Pontault-Combault (Seine-et-Marne), les habitants ne peuvent cacher une certaine désillusion par rapport à la présidentielle. « Je ne pense pas qu'un candidat puisse agir sur nos vies quotidiennes », lâche Christelle, une assistante maternelle de 35 ans. Et notamment sur son pouvoir d'achat, sa principale attente. Comme beaucoup de Pontellois-Combalusiens, elle attend l'ouverture imminente d'une enseigne de distribution bon marché « avec impatience ». « Mes administrés disent que Carrefour, c'est trop cher », confirme la maire (PS), Monique Dellessard, qui reçoit beaucoup de courrier. Et notamment « des lettres de personnes aux profils différents qui souhaiteraient un emploi à la mairie, dans la fonction publique ». Car, à Pontault-Combault, ville de la classe moyenne par excellence avec ses 75 % de territoire couvert de pavillons de banlieue, la crise se fait ressentir.
« Un an pour un rendez-vous
à Pôle emploi »
Bernard Gudin, qui gère l'épicerie sociale de la ville, témoigne de la montée en puissance du nombre de bénéficiaires. Pas des habitués des services sociaux, mais des habitants qui comptent sur lui « après la perte d'un emploi ou une séparation ». « Le prochain président devra améliorer les services de la Caisse d'allocations familiales, des Assedic… », glisse Bernard Gudin. Les délais sont trop longs. « Il faut un an pour avoir rendez-vous chez Pôle emploi. » Stéphanie, 38 ans, qui vient récupérer ses enfants à l'école, y travaille justement, à la direction régionale. Elle n'est pas confrontée au public, mais a des collègues « en souffrance par rapport au manque d'effectifs ». Dans ce contexte, elle ne se plaint pas trop. Son mari travaille. Avec leurs trois enfants, ils « préservent » les trois semaines de vacances au ski et à la mer. Mais elle constate qu'« avec 60 € de courses, on n'a rien dans le chariot ». Comme elle n'a pas eu de places en crèches – elle regrette que François Hollande ait retiré ses propositions sur la petite enfance de son programme –, « c'est le système D qui prévaut ». Tous les jours, dix kilomètres de voiture pour emmener ses enfants chez la nounou, puis une quinzaine pour aller au travail. « Soit 45 € d'essence par semaine. » « On s'en sort, mais on vit moins bien qu'il y a dix ans. »
Ce sentiment de baisse de la qualité de vie est partagé par Joaquim Antunes, un permanent de l'association portugaise culturelle et sociale. « On a l'impression qu'on n'aura pas le même progrès social qu'ont connu nos parents. Certes, eux sont partis de rien en arrivant en France. Mais ils pouvaient faire carrière dans la même entreprise toute leur vie, pas nous. » « On ne voit pas d'objectifs, poursuit-il. Santé, logement, emploi : on voit trente ans de déclin. » « A cause du prix de l'immobilier, nos jeunes sont obligés de partir s'installer plus loin à Coulommiers, à La Ferté-sous-Jouarre... », complète Monique Dellessard, qui craint « un vieillissement de la ville », tout en s'inquiétant de la fermeture de la seule clinique du coin en 2013. La plus proche sera dans le Val-de-Marne voisin.
« Ce qu'on a gagné, on l'a pas volé »
Autre service public qui semble faire défaut, l'école. La petite-fille d'Henriette*, 64 ans, infirmière retraitée, a fait sa première rentrée à Dammarie-les-Lys dans le privé. Pourtant, sa mère est prof dans le public. « Elle est donc bien placée pour savoir que l'école publique, en Seine-et-Marne, c'est une catastrophe. » Henriette et son mari, un ancien technico-commercial, sont propriétaires d'une maison dans le quartier résidentiel du Bois la Croix et de deux appartements. « J'ai travaillé de nuit pendant vingt-cinq ans. Je peux vous dire que ce qu'on a gagné, on ne l'a pas volé. » C'est donc la « transmission » de son patrimoine qui l'inquiète. «Si la gauche passe, on se fera taxer le peu qu'on a, craint-elle. C'est toujours les mêmes qui en profitent sans bosser. »