Il pleut beaucoup cet hiver et le niveau du Rhône est sérieusement monté ces derniers jours. Mais les apparences sont trompeuses. La sécheresse de 2011 est peut-être un avant-goût de ce qui nous attend au cours des prochaines décennies. « Le changement est amorcé. Depuis 10 ans, on observe un effondrement global des précipitations sur les Alpes avec un recul atteignant parfois 30 % », souligne Michel Dantin, président du comité de bassin Rhône-Méditerranée. « Moins de neige en montagne et des glaciers en recul, c'est moins d'eau pour les rivières. Le Rhône n'est sans doute pas inépuisable », poursuit Martin Guespéreau, directeur de l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée. 72 territoires, soit 40 % du bassin, connaissent déjà des pénuries en été.
Economiser 20 % d'eau d'ici à 2020
Cette année, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) a dû réduire de 40 % sa production d'électricité faute d'un débit suffisant du fleuve. En décembre, un comité de bassin s'est tenu à Lyon pour lancer le chantier d'un plan d'adaptation au changement climatique afin de préserver la ressource. Objectif : économiser 20 % d'eau d'ici à 2020. Agriculture, industrie, collectivités, particuliers, tout le monde sera concerné. « Le potentiel d'économies est considérable, estime Martin Guespéreau. Rien que sur les réseaux de distribution, en moyenne 50 % de l'eau est perdue en raison des fuites ». L'anticipation passera aussi par un changement des techniques d'irrigation et l'optimisation des cultures moins gourmandes en eau. « Dans la vallée du Rhône, les arboriculteurs devront choisir des arbres plus résistants à la sécheresse », précise Michel Dantin. Les systèmes de refroidissement des centrales nucléaires devront être optimisés et l'urbanisme devra davantage prendre en compte la ressource en eau. Si les élus n'ont pas encore tous conscience du problème, les particuliers semblent avoir intégré cette préoccupation. La consommation d'eau des ménages diminue chaque année de 1 % selon l'agence de l'eau.
Les premières analyses sur le bassin hydrographique du Rhône montre une hausse de la température de l'eau de deux degrés à l'embouchure du fleuve l'été. De nouvelles études seront engagées sur les zones humides et le fleuve Rhône afin de mieux connaître l'évolution de la ressource en eau et des biotopes avec le changement climatique.