Chef-d'œuvre du cinéma français, La Grande Illusion de Jean Renoir renaît soixante-quinze ans après sa sortie. Le film vient d'être restauré en version numérique à partir du négatif original, issu des collections de la Cinémathèque de Toulouse. Il ressortira en salle le 15 février.
Dix mois de restauration
Au début des années 80, un négatif nitrate de la Grande Illusion dort sur les étagères de la Cinémathèque. Son directeur montre trois bobines du négatif à la monteuse de Renoir, Renée Lichtig qui l'authentifie comme l'original du film. « Au milieu des années 70, dans le cadre d'échanges entre la Cinémathèque et le Gosfilmofond, les archives nationales russes du cinéma, le négatif de la Grande Illusion est revenu dans la Ville rose, raconte Natacha Laurent, directrice de la Cinémathèque de Toulouse. Grâce à l'amitié qui liait les fondateurs de ces deux structures, de nombreux échanges ont eu lieu. Dans un des chargements venant de Moscou, il y avait ce fameux négatif ». Ce dernier avait été pris par l'armée allemande à Paris lors de l'Occupation. Ramené à Berlin, il a été récupéré par l'Armée rouge lors de son entrée dans la ville en 1945.Emporté à Moscou, il a finalement fait son retour à Toulouse dans les années 70.
En 2011, StudioCanal, la filiale cinéma de Canal +, et la Cinémathèque décident de restaurer le film, sorti en 1937, en numérique. Pendant dix mois, le négatif a été numérisé par le laboratoire italien L'Immagine Ritrovata de Bologne. Le son a bénéficié d'une restauration particulièrement pointue. « Chaque image a été scannée, c'est un travail d'une extrême précision, explique Christophe Gauthier, le conservateur de la Cinémathèque. J'ai vu le film quand j'étais ado mais après sa restauration, j'ai eu l'impression de le découvrir pour la première fois ». Un résultat exceptionel qui rend hommage au travail de Jean Renoir. Cette version inédite est présentée demain à la presse à Paris et au public toulousain en mars durant le festival Zoom Arrière.