Procès de Conrad Murray, dernière ligne droite. Après plus de six semaines de débats, une cinquantaine de témoins appelés à la barre et 300 pièces examinées, les douze jurés se sont enfermés pour délibérer, vendredi matin. Le médecin est accusé d'avoir causé la mort de Michael Jackson par une série de «graves négligences». Qui a marqué le plus de points? 20minutes.fr a interrogé l'expert en justice criminelle Michael Cardoza, avocat et ancien procureur californien, alors que le verdict peut tomber à tout moment.
Le réquisitoire a eu lieu jeudi. Globalement, qui a fait meilleure impression?
Le procureur a un dossier plus solide que la défense. Au-delà de son éloquence, il a davantage de pièces à charge contre Conrad Murray, de nombreux points troubles qui n'ont pas été éclaircis par la défense. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour appeler les secours, avoir caché qu'il avait administré du Propofol à Michael Jackson, etc.
Conrad Murray a choisi de ne pas témoigner. Cela va-t-il jouer en sa défaveur?
Oui. Bien sûr, officiellement, le juge explique au jury que le refus de témoigner ne doit pas être considéré, ni en bien, ni en mal. Dans la salle de délibération, il leur sera même interdit d'en parler. Mais chacun, dans un coin de sa tête, y pensera. C'était une erreur de ne pas aller à la barre. Il aurait dû prendre ce risque, dire que Michael Jackson était son ami, reconnaître qu'il a fait des erreurs, mais expliquer qu'il a tout fait pour le sauver, pleurer un coup. Et si le procureur y allait trop fort contre lui, il aurait au moins pu attirer un peu de sympathie.
Pour le condamner, il faut que le jury le considère coupable «au-delà du doute raisonnable». N'est-ce pas compliqué quand un expert explique que Conrad Murray a sans doute administré trop de Propofol, et qu'un autre estime que Michael Jackson a pu le faire lui-même?
Oui et non. Le procureur a été malin: il a tenté d'expliquer que même si Michael Jackson avait poussé la seringue lui-même ou pris des cachets en l'absence du docteur, ce dernier était quand même coupable de négligence criminelle pour avoir créé cette situation en administrant un puissant médicament au domicile du chanteur pendant plus de deux mois, et pas en milieu hospitalier, puis en l'ayant seul en sachant que Michael Jackson avait un comportement à risque.
Votre pronostic sur le verdict?
Je ne serais pas surpris si le jury revient avec un verdict coupable. Mais on ne sait jamais ce qui se passe dans une salle de délibération. Pour un verdict (coupable ou non coupable), il faut un verdict à l'unanimité des douze jurés. Il suffit d'un seul avec un avis différent pour qu'on ait un «mistrial», un procès ne pouvant aboutir. Le procureur pourrait alors choisir de demander un nouveau procès. Mais en général, cela n'arrive que dans une configuration de type 11-1 ou 10-2 au maximum. Si Conrad Murray est reconnu coupable, le comité des peines suggérera une durée d'emprisonnement (jusqu'à 4 ans, ndr) mais c'est le juge qui fixera la peine définitive.