Les négociations sur le montant de la «prime Sarkozy» se terminent aujourd’hui. Quel est votre bilan?
D'abord, peu de salariés la toucheront. Il y a beaucoup de conditions pour être concerné. Par ailleurs, même ceux qui la toucheront seront plus ou moins bien lotis. Les montants fluctuent énormément, entre 8 euros et 600 euros, avec une moyenne de 250 euros selon nos premiers calculs. Cette prime est donc parcellaire et introduit de fortes disparités entre salariés, ce qui peut être dangereux pour le climat au sein des entreprises.
Vous pensez que cela peut dégrader le climat social?
Effectivement. L’annonce unilatérale de la prime est arrivée dans un climat difficile, et a créé beaucoup d’espoir. On a annoncé une prime de 1.000 euros, pour l’ensemble des salariés, afin de régler les problèmes de pouvoir d'achat. Cela n’est pas tenable à l’heure actuelle, et ce n’a pas été tenu. Pire, des entreprises ont même serré la vis sur les augmentations annuelles à cause de cette prime, par crainte de cet élément nouveau arrivé sans discussion préalable. Il y a donc beaucoup de déception, et cela a même été vécu comme une provocation par des salariés, cela a augmenté les tensions. On s’achemine vers des négociations encore plus tendues en 2012.
En cette période d’incertitudes économiques, y avait-il vraiment d’autres solutions pour améliorer le partage des bénéfices que de contraindre les entreprises qui versent des dividendes à verser aussi des primes?
Oui! Il ne faut pas faire de généralité sur ces questions, et il ne faut pas chercher à instaurer de règles uniques. Il y a en France des entreprises en bonne forme et d’autres qui peinent. L’important est de laisser la place au dialogue, pour trouver la bonne solution selon le cas de chacun. C’est là que l’Etat doit jouer son rôle, en favorisant le dialogue social, comme il l’a fait en imposant des négociations salariales annuelles (NAO) dans toutes les entreprises. S’il faut légiférer, c’est pour aller plus loin dans les incitations à négocier. Et pour régler les problèmes de redistribution des richesses, les marges de manœuvres de l’Etat se situent dans le domaine de la fiscalité. Imposer de manière unilatérale une prime par la loi va à l’encontre de tous ces principes.