Troisième jour de grève pour les hôtesses et les stewards d’Air France. Ce lundi matin, le ministre des Transports Thierry Mariani a dénoncé la «culture archaïque» des syndicats et qualifié le mouvement d’«irresponsable». Mais Fatiha Aggoune, la présidente du SNPC - qui a obtenu 21% des voix lors des dernières élections professionnelles - justifie la grève, évoquant un risque pour la sécurité à bord des avions.
Vous demandez notamment à ce que le nombre de personnels ne soit pas réduit à bord des avions. Pourtant ce que propose Air France correspond aux règles internationales en vigueur?
Bien sûr, si on passe de 4 à 3 PNC [personnel navigant commercial, c’est-à-dire hôtesses et stewards] dans un avion comme l’A319, on reste dans les clous. Mais à trois, comment peut-on vraiment assurer la sécurité? S’il y a un incident avec un passager, comment gérer le reste du vol à deux, voire seul? Pour faire une comparaison, la compagnie low cost Easy jet met quatre PNC sur chaque vol.
Quand Nathalie Kosciusko-Morizet dit que la vie de l’entreprise est en danger à cause de la grève, nous répondons que c’est la vie des passagers qui est en danger. Rappelez vous l’accident de Toronto, le 2 août 2005 [un avion d’Air France avec près de 300 passagers à bord avait pris feu]. Tout le monde était sorti indemne, grâce aux PNC qui avaient réussi à faire évacuer les occupants. On ne sait pas ce qui se serait passé s’il y avait eu moins de personnel.
Quelles sont vos autres revendications?
Nous sommes contre un projet qui consiste à évaluer les hôtesses et stewards pendant le vol, par le chef de cabine. Ca fait 30 ans qu’Air France – et d’autres compagnies – essaient de mettre en place cette évaluation, et 30 ans que nous la contestons. Nous estimons qu’au lieu de renforcer la sécurité, un tel projet peut la dégrader. S’ils se sentent constamment observés, les personnels peuvent se trouver en situation de stress, commettre des petites erreurs. Nous ne sommes bien sûr pas contre être formés, mais nous voulons que ce soit fait par un instructeur, pas par un membre de l’équipage.
Ce lundi matin, le ministre des Transports a dénoncé une grève «irresponsable», comment réagissez vous?
Il a une vision tronquée de la réalité. Nous voulons parler avec Monsieur Mariani, nous l’avons interpellé à plusieurs reprises, nous avons demandé à ce qu’il nous reçoive, mais nous n’avons pas de réponse pour l’instant.
N’avez-vous pas peur de véhiculer une mauvaise image d’Air France avec cette grève?
Mais l’image d’Air France, c’est la sécurité! Et la sécurité, c’est justement la base de nos revendications. Ce n’est pas une grève caprice.
On vous accuse d’être des privilégiés?
C’est mal connaître notre métier que de penser que nous sommes des nantis. Par exemple, quelle autre entreprise ne prévoit pas de périodes pour que ses salariés puissent se restaurer? Il faut savoir que les PNC mangent debout, rien n’est aménagé pour les repas dans les avions. Nous, on ne se plaint pas, mais qu’on ne vienne pas nous dire qu’on est des nantis.
Pourquoi faire grève pendant les vacances de la Toussaint?
Il y avait des négociations en cours, qui portaient sur plusieurs mesures. Mais avant que l’accord soit signé, Air France nous a envoyé un courrier nous avertissant que des mesures allaient être mises en œuvre le 1er novembre. Nous avons alors déposé un préavis de grève. Jusqu’à vendredi, nous étions prêts à négocier, mais nous n’avons reçu un seul appel de la direction.
La grève doit prendre fin mercredi, que se passera-t-il ensuite?
Nous allons nous retourner vers la direction, voir ce qu’elle propose. Le problème est qu’il y a une dégradation du dialogue social à Air France. Nous avions déjà fait grève en 2007, mais la direction n’a rien compris. Après ce mouvement, Air France avait demandé un audit, qui n’était pas mal fait mais qui a coûté cher et n’a servi à rien.