are à l'erreur. L'agriculture intensive, telle qu'elle est pratiquée en Guinée, est écologique, contrairement au sens traditionnel du terme. « Tout le monde confond mais ça fait parler de nous », plaisante Michel Griffon, conseiller scientifique de l'Agence nationale de recherche (ANR). Avec ce concept, il prend le contre-pied de l'agriculture conventionnelle « intensive » en énergie et en produits industriels. Ainsi qu'en main-d'œuvre dans les pays pauvres. L'alternative qu'il propose aux agriculteurs du monde entier est ni plus ni moins un virage à 180°. « On entre dans la logique du milieu naturel pour mieux en exploiter les fonctionnalités ». Le paysan « intensivement écologiste » place donc la fertilité et la gestion du sol au centre de ses préoccupations : pas ou plus d'engrais chimiques, élimination du labour. La fin du tout chimique tout mécanique, mais pas l'avènement du biologique non plus : les produits phytosanitaires sont autorisés, « en complément », de même que les OGM.
Amérique du Sud, Inde, Australie
L'agriculture de conservation (AC) est le porte-étendard de l'agro-écologie. Apparue aux Etats-Unis dans les années 1950, elle essaime en Amérique du Sud, en Inde ou encore en Australie. Là, les rendements des exploitations sont au moins équivalents sinon plusieurs fois supérieurs à leur niveau sous agriculture conventionnelle. Développement de la production et préoccupations environnementales, l'AC joue sur les deux tableaux.
Konrad Schreiber, agronome et chef de projet à l'Institut de l'agriculture durable, est convaincu de l'efficacité du système, au Sahel comme en Bretagne : « Il n'y a pas de technique fondatrice, seulement un objectif : copier le fonctionnement de la nature autour de nous. L'agriculteur va s'inscrire dans la chaîne de l'écosystème en le perturbant le moins possible. Regardez le sol, dans la nature : il est toujours couvert et jamais travaillé. »
Le passage d'une agriculture traditionnelle à une forme plus vertueuse n'en demeure pas moins un processus long et coûteux. « En Afrique, il faudra aider le petit paysan à passer le cap des premières années », note Florent Maraux, du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). « L'utilisation au maximum des mécanismes de l'écosystème suppose aussi de les comprendre et de les maîtriser. » Là encore, les pays en développement sont les moins bien lotis. « Les producteurs agricoles de ces pays-là ont une connaissance empirique. Personne ne sait aussi bien qu'eux ce qu'ils peuvent attendre de leur sol », confirme ainsi Michel Griffon.