Pionniers de la dénonciation de la précarité des jeunes, les membres de Génération précaire, toujours masqués, tentent de revenir sur le devant de la scène, après des semaines de mobilisation anti-CPE. Le collectif publie aujourd'hui Sois stage et tais-toi ! (éditions La Découverte). Un livre qui tombe à pic, par « un heureux hasard du calendrier », alors que la proposition de loi UMP sur l'accès des jeunes à la vie active en entreprise a été adoptée hier. Au fil des pages, on apprend que fin 2005, Villepin lui aussi cherchait un stagiaire pour son service d'information, « bac + 3 et expérimenté », mais non rémunéré.
Si le collectif se félicite de la mort du CPE, « qui étendait à tous les jeunes les non-droits du stagiaire », ils ne sont pas satisfaits des mesures adoptées, et déposeront demain à Matignon une pétition pour la réforme des stages, signée par 15 000 personnes. « C'est incroyable de devoir payer les entreprises pour qu'elles acceptent d'embaucher des jeunes », s'insurge Julien, un des membres du collectif. Une référence à l'aide qui sera accordée aux employeurs qui embaucheront en CDI un jeune de 16 à 25 ans peu qualifié. « Le gouvernement fait du neuf avec du vieux. Mais si Villepin voulait vraiment aider les 23 % de jeunes au chômage, il s'attaquerait aux stages, car il y a là un gisement énorme d'emplois à libérer. »
Le collectif oppose en effet les 800 000 stages à pourvoir chaque année aux quelque 100 000 emplois juniors qui font défaut. « Le stage est un facteur d'inégalité des chances », renchérit-il, tous les jeunes ne pouvant se permettre de travailler gratuitement ou presque pendant plusieurs mois. Alors, le collectif bataille ferme et tente de multiplier les contacts avec les députés pour faire entrer la pénalisation de l'abus du stage dans la loi. Son objectif : coller une amende aux entreprises qui proposent des stages d'une durée excessive, en quantité abusive, et à des jeunes qui ont fini leurs études.
Laure de Charette