Vous animez mercredi une conférence intitulée «Le changement climatique d’origine humaine.» Il est en effet important de rappeler que le climat a toujours été fluctuant, même avant l’action de l’homme…
Bien sûr, il y a toujours eu des changements climatiques et il y en aura toujours. Nous passons de périodes glaciaires à interglaciaires, comme celle que nous vivons en ce moment. La dernière ère glaciaire s’est produite il y a 100.000 ans, la prochaine ne devrait pas avoir lieu avant 30.000 ou 40.000 ans.
A ces phénomènes naturels, s’ajoute depuis quelques années le réchauffement du à l’homme…
C’est cela. Nous avons observé un changement de composition de l’atmosphère, qui résulte des rejets de gaz absorbant les infrarouges. Il est désormais prouvé que ces gaz sont issus du pétrole, du charbon et des gaz naturels, tout cela servant à fabriquer 80% de l’énergie consommée dans le monde.
On parle de lutter contre un possible réchauffement de l’ordre de 2 ou 3°C. Mais cela aurait-il des conséquences si graves que cela?
Il faut juste prendre conscience que lors de la dernière ère glaciaire, la Terre était recouverte de glace, et il n’y avait une différence de température que de l’ordre de 5 à 6°C par rapport à aujourd’hui. Les simulations dressent des situations très différentes selon les différents scénarios. En gros, la température pourrait augmenter de l’ordre de 1,5°C, ou bien de 6°C, ce qui n’a rien à voir. Ce dont on est sûr, c’est que le réchauffement va se poursuivre, et qu’au regard de ce qui s’est passé ces dernières années, nous nous situons sur des trajectoires d’augmentation des émissions plutôt fortes, qui ne génèreront peut-être pas de réchauffement de 6°C, mais de 2 à 3°C.
Y’a-t-il des pays plus responsables que d’autres du réchauffement?
Non, c’est un problème mondial, même si on peut toujours souligner que les Etats-Unis sont le pays qui émet le plus par tête d’habitant, ou que celui qui émet le plus en volume absolu est la Chine, suivi de l’Inde, deux pays en fort développement.
Et la France?
Elle se situe plutôt dans les bons élèves des pays développés, à cause de son électricité fabriquée à 80% par le nucléaire.
Vous estimez que le nucléaire est une réponse à la problématique du réchauffement?
Pour la France, oui, et on aurait tort de s’en passer. Rappelons que le nucléaire ne produit pas, ou pas directement, de gaz à effet de serre. Il y a une diabolisation du nucléaire injustifiée. Entre le nombre de morts dus au charbon, et ceux du au nucléaire, il n’y a pas photo. Cela dit, on ne peut pas en installer partout dans le monde, dans les pays instables politiquement par exemple, la question se pose.
Vous estimez que la France est relativement bonne élève, pourtant elle doit réduire ses émissions par quatre pour répondre aux enjeux de réchauffement climatique. C’est un effort considérable, non?
Oui, et cela passe par un vaste plan d’isolation des habitations, et un développement de l’électrique, dans le chauffage, les modes de déplacement… Cela passe aussi par un changement des comportements : il faut prendre conscience que nous ne pouvons plus consommer comme on l’a fait ces dernières années. Il faut arrêter le gaspillage.
Il faut réduire la consommation, mais la population continue de croître au niveau mondial. Est-ce que vous estimez que cette démographie galopante est un problème?
Nous étions environ 1 milliard en 1900, nous venons d’atteindre les 7 milliards d’habitants, et les projections démographiques annoncent une population de 9 milliards en 2050. Comment dire que ce n’est pas un problème? Nous avons une Terre qui est limitée, et pouvoir limiter la population du globe serait quelque chose de positif. Mais il est vrai que c’est un sujet que l’on aborde peu, les religions étant notamment hostiles à toute mesure de limitation démographique.