On entend beaucoup parler d’écoquartier en France depuis quelques années. Mais que renferme exactement cette notion?
Franck Faucheux. Le terme écoquartier s’est imposé lors du Grenelle de l’Environnement. C’est une opération d’aménagement qui doit remplir des objectifs environnementaux bien entendu, mais aussi économiques et sociétaux: un écoquartier coupé du reste du monde, et dans lequel personne ne se parle, ne serait pas un écoquartier. Il doit aussi proposer des logements financièrement accessibles, être bien desservi par les transports pour offrir aux habitants un choix entre plusieurs modes de déplacement. La technologie, il en faut, mais elle doit être adaptée à l’échelle du quartier: on n’installera pas une collecte de déchets par pneumatique dans un environnement urbain peu dense. A l’inverse, un réseau de chaleur trouvera sa place dans un projet de plusieurs milliers de logements.
Bruno Bessis. Un écoquartier, ce n’est pas un objet fini. A aucun moment on ne dit qu’un écoquartier doit ressembler à telle ou telle chose. Il doit avant tout répondre à un certain nombre de valeurs.
Ce n’est donc pas l’unique réponse à la ville durable?
FF. Non, c’est un lien vers la ville durable. Pour certaines collectivités, c’est l’occasion de créer un aménagement réclamé par les habitants, à l’échelle de la ville entière, de repenser les modes de déplacement. S’il n’a aucun impact sur la ville, il a raté quelque chose.
A ce jour existe-il un écoquartier achevé, et qui fasse référence, en France?
BB. Le plus abouti est celui de la ZAC de Bonne à Grenoble. L’aspect sociétal est pleinement pris en compte puisqu’il compte 40% de logements sociaux. Avec ce projet, la ville de Grenoble a donné un standard à suivre pour les autres grandes villes.
Les collectivités ont-elles bien pris conscience des enjeux de développement durable dans leurs projets?
BB. Pour le premier appel à projets écoquartier nous avons reçu 160 candidatures. A l’issue du deuxième, lancé cette année, nous arrivons à près de 500. Cela montre donc que les collectivités se posent les bonnes questions. Mais ce n’est pas pour autant que les 36.000 communes françaises ont adopté la démarche du développement durable.
Les projets d’écoquartiers sont essentiellement des quartiers flambants neuf. Or, on sait bien que l’enjeu énergétique des bâtiments repose essentiellement sur la rénovation de l’existant. Est-ce suffisamment pris en compte?
FF. Il y a des dossiers de réhabilitation très intéressants. Mais c’est évidemment plus compliqué que de la création, non pas pour des questions techniques, mais de procédures administratives et de montages financiers. C’est rare de tomber sur des copropriétaires qui vont manifester ensemble, au même moment, un même besoin de rénovation énergétique. Il faut souligner au passage l’incompétence des syndics de copropriété, qui par exemple freinent des quatre fers sur les diagnostics énergétiques. C’est regrettable car eux auraient les moyens de mettre en place des centrales d’achat pour rénover des immeubles entiers. Le parc privé est en train de se paupériser, alors que celui du logement social a pris les devants il y a déjà dix ans.
Le forum des quartiers durables a lieu les 28 et 29 septembre à Bayonne