A l'occasion d'une réunion des ministres des Finances et banquiers centraux du G20 à Washington, jeudi, Christine Lagarde, directrice générale du FMI, a livré son analyse de la situation économique internationale. Elle a également prodigué plusieurs conseils pour sortir de la crise. Mais, comme depuis le début de son mandat au FMI? ses propos n’ont parfois que peu de rapport avec les positions de la ministre de l’Economie qu’elle a été…
Les banques européennes sont-elles solides?
Non, pour Lagarde au FMI
«Il est indispensable que les banques soient recapitalisées de manière adéquate pour alimenter la croissance». Une fois de plus, jeudi, Christine Lagarde a répété son inquiétude au sujet des banques européennes. Elle l’avait fait la première fois le 27 août dernier, déclenchant une vive colère des dirigeants de banques et financiers européens. Jacques Delors l'avait notamment qualifiée de «perroquet savant (qui) n'a plus son professeur», tandis que Laurence Parisot, la patronne des patrons français, jugeait cette position «incompréhensible».
Oui, pour Lagarde à Bercy et pendant son déménagement
Mais Christine Lagarde ne tenait pas le même discours quelques semaines auparavant. Le 16 juin dernier, elle rappelait encore sa confiance «dans la solidité du système bancaire français». Le 27 juillet, à peine installée à Washington, elle estimait que la réussite «avec mention bien» des banques françaises aux «stress tests bancaires» suffisait à prouver que ces établissements étaient solides et disposaient suffisamment de fonds propres. «Ces bons résultats traduisent la solidité d'ensemble du secteur bancaire français et en particulier le renforcement significatif des fonds propres des banques françaises au cours des derniers mois, ainsi qu'une exposition au risque souverain maîtrisé», affirmait-elle dans un communiqué. En un mois, le cours des banques européennes a certes dévissé, mais leur fonds propres n’ont pas bougé. Christine Lagarde, elle, a changé son point de vue du tout au tout.
Quel taux de croissance pour la France en 2011?
2,1% pour Lagarde à Bercy
Contrairement à l’Insee, la ministre a maintenu jusqu’en juin dernier sa prédiction de 2,1% de croissance en 2011, et 1,9% en 2010.
Moins pour Lagarde au FMI
En juin, le FMI estimait le PIB de la France à 2,1% en 2011 et 1,9% en 2012. Mais mardi l’institut, désormais dirigé par Christine Lagarde, a abaissé ses prévisions à 1,7% et 1,4%. Valérie Pécresse a, elle, tenu à maintenir les prévisions de sa prédécesseure.
Faut-il plus de rigueur?
Oui et Non pour Lagarde à Bercy
A peine arrivée à Bercy, Christine Lagarde avait osé employer le mot «rigueur» pour désigner le plan du gouvernement dans la fonction publique. Déclenchant une vaste polémique, la ministre avait finalement évoqué un lapsus. Elle avait ensuite inventé le concept de «rilance», c’est à dire une politique qui mélange relance et rigueur. Là-dessus, elle a gardé sa position iconoclaste.
Oui et Non pour Lagarde au FMI
«Le rééquilibrage des finances publiques est indispensable mais attention a ne pas casser la croissance avec des mesures trop fortes». Dans son premier texte de directrice du FMI, publié dans un communiqué et dans le Financial Times, Christine Lagarde appelait en septembre les dirigeants «des pays avancés» à éviter un «coup de frein trop brutal» qui «ne ferait que nuire à la reprise et aggraver la situation de l’emploi». Dans son discours de jeudi, elle a à nouveau appelé à trouver le juste milieu entre rigueur et relance. Une prise de position opposée aux discours de l’ensemble des dirigeants économiques des pays avancés, frappés par une crise de la dette, ces dernières semaines.