On disait le président affaibli, presque castré par les républicains du Congrès. Jeudi, en dévoilant son plan pour relancer l'emploi, Barack Obama est apparu remonté et a tenté de montrer qu'il était encore le patron.
Deux chiffres révélateurs: à 15 reprises, en s'adressant au Congrès, il a répété dans un effet rhétorique volontaire «adoptez ce plan», «adoptez ce plan maintenant»; en revanche, à aucun moment il n'a mentionné le montant de 447 milliards de dollars, afin d'éviter d'être étiqueté comme un président qui dépense tel un marin ivre. Les détails seront précisés dans une proposition écrite qui sera dévoilée dans une semaine. Mais il a insisté à plusieurs reprises, chaque dollar dépensé pour son «American Jobs Act» sera contrebalancé par un dollar de coupes budgétaires et de réduction des déficits futurs.
Le plan prévoit notamment un abaissement des charges salariales et patronales pour 240 milliards de dollars, une extension de l'assurance chômage pour 49 milliards, une modernisation des écoles pour 30 milliards et de nouvelles infrastructures 50 milliards de dollars.
«Ce plan ne contient que des propositions que des républicains ont déjà votées par le passé», a-t-il affirmé. De fait, les républicains répondront sans doute favorablement à certains points, comme les allégements fiscaux pour les PME. En revanche, valider des dépenses supplémentaires risque de donner lieu à un nouveau bras de fer idéologique.
Surtout qu'Obama, se disant prêt à faire des sacrifices (sur des programmes sociaux, notamment), a remis sur le tapis une réforme fiscale afin «que les millionnaires et les milliardaires paient leur juste part». «Warren Buffet paie moins d'impôts (proportionnellement, ndr) que sa secrétaire», a encore attaqué le président. Jusqu'ici, il a capitulé à deux reprises face aux républicains dans son combat pour taxer davantage les plus riches.
A la fin d'un discours de 30 minutes avancé pour ne pas déborder sur la reprise de la saison de football américain, il s'est fait menaçant: «Je ne tolèrerai pas que la crise serve de prétexte pour balayer des années de progrès sociaux.» Et si les républicains font de la résistance? Il parcourra «les quatre coins du pays» pour alerter l'opinion. En substance: votez ou vous me verrez dans votre district.
«Certains préféreraient attendre la prochaine élection pour en faire un enjeu politique. Mais l'élection est dans 14 mois. Les Américains qui luttent au jour le jour n'ont pas le luxe d'attendre 14 mois», a averti le président, d'un ton rappelant qu'il restera un redoutable adversaire dans la campagne à venir.
Reste qu'avec 447 milliards de dollars de dépenses, ce «job act» s'apparente à un nouveau stimulus (le précédent s'était monté à 850 milliards). Jusqu'à présent, le premier plan de relance n'a pas eu les effets escomptés, avec un taux de chômage qui stagne au-dessus de 9%. Aussi, les républicains avaient juré de s'opposer à de nouvelles dépenses. Mais avec un taux d'approbation du Congrès bien plus bas que celui du président (environ 15% contre 44%), les membres qui jouent leur réélection peuvent difficilement rejeter en bloc un plan qui s'appelle «American Jobs Act», analyse pour CNN le stratège David Gergen.
Selon lui, le plan ne sera sans doute pas adopté dans son intégralité mais Obama pourrait obtenir des concessions. En réaction, le Speaker de la Chambre, le républicain John Boehner, a d'ailleurs montré un signe d'ouverture, estimant que «les propositions du président méritaient d'être étudiées».