Les joueurs de foot téméraires sont attendus vendredi sur la plage de Morieux dans les Côtes-d’Armor. Pointés du doigt par les associations écologistes pour leur responsabilité dans la prolifération des algues vertes en Bretagne, les agriculteurs veulent «que ça s’arrête». La FDSEA, les Jeunes Agriculteurs et la Chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor organisent aussi ce match en réponse aux propos tenus mardi par la ministre de l’Ecologie, Nathalie Koscisusko-Morizet: «Stigmatiser ainsi la profession est gratuit», déclare Jacques Jaouen, président de la chambre d’agriculture de Bretagne, à 20 Minutes.
Le représentant des agriculteurs bretons en a assez que sa profession soit sans cesse visée: «La situation économique n’est pas simple et malgré cela, on cible systématiquement des gens qui se battent pour le développement de la région», s’indigne Jacques Jaouen. «Les agriculteurs se sont engagés depuis des années sur les problèmes d’environnement, assure-t-il, des investissements de plus d’un milliard d’euros ont été réalisés pour effectuer des mises aux normes et on a déjà des résultats.»
Le président de la Chambre d’agriculture explique ainsi que dans sa ferme de vaches laitières, il a dû mettre en place un système de séparation des eaux de pluie et des eaux issues de la production de lait, et que son voisin, éleveur porcin, doit traiter son lisier: «Les eaux issues de ce traitement ne sont pas rejetées mais épandues», précise-t-il. Selon lui, «quand NKM dit qu’il faut durcir les règles, c’est idiot. Il faut laisser à chaque acteur la capacité de s’adapter.» La diversité des territoires bretons, du Finistère à l’Ille-et-Vilaine, a été prise en compte dans le plan de lutte contre les algues vertes, ce dont se félicite Jacques Jaouen. Mais pour lui, le problème «c’est le comité scientifique qui donne son avis: je veux qu’ils soient d’une neutralité totale et ce n’est pas toujours le cas.»
Jacques Jaouen fera partie de l’équipe de foot de Morieux vendredi: «Je n’ai pas peur du tout: il y a des algues en Bretagne depuis toujours, je vais sur la plage, je me baigne, et je ne me porte pas trop mal!». Les agriculteurs victimes d’un «ras-le-bol profond» devraient être nombreux à le rejoindre. « Il n’y a qu’une seule plage fermée à cause des algues vertes en Bretagne et un marcassin y est mort alors qu’il n’a pas respiré d’hydrogène sulfuré, alors à un moment ça suffit», s’emporte Jacques Jaouen, insistant sur l’importance de «relever le défi économique avant tout»: «Plus l’économie sera solide, plus on pourra investir pour l’environnement.»