Ils sont là, sur le trottoir, au pied de leur collège Condorcet à Paris (8e arrondissement), en train d'accrocher leurs banderoles. Comme eux, les élèves de plusieurs collèges, dans toute la France, ont érigé hier des barrages filtrants, même si le ministère de l'Education n'était pas en mesure de donner hier le nombre précis d'établissements mobilisés. Débordants d'énergie, les élèves courent dans tous les sens dans la rue, rient aux éclats et scandent à tue-tête les slogans appris dans les manifestations des « grands ».
« C'est pas parce qu'on a 14 ans que le CPE ne nous concerne pas. Nous aussi, on va bientôt entrer dans la vie active », lance un jeune garçon au duvet naissant, qui porte dans le dos une pancarte trop large pour ses épaules. Certains badauds sourient de les voir s'agiter ainsi sous le soleil. Que disent leurs parents de leur mobilisation ? « Ils nous ont fait des mots d'absence, parce qu'ils pensent comme nous » répond un préado, le visage barbouillé de « Non au CPE ». Et leurs profs ? « Certains disent qu'on mérite des claques, que c'est ridicule. » Craignant l'intrusion de casseurs, la direction a finalement fermé les portes du collège. Ce qui ennuie un grand garçon dégingandé, à la voix fluette : « J'espère pouvoir retourner en cours demain, pour apprendre. ça sert à ça le collège, non ? »
Laure de Charette