Les sangliers bretons sont, selon les dernières analyses révélées par la préfecture des Côtes-d’Armor, victimes cet été des algues vertes qui envahissent régulièrement les plages bretonnes. Cette hécatombe est malheureusement représentative des dérèglements que l’élevage d’espèces animales fait subir aux animaux sauvages.
A l’origine des algues vertes tueuses de sangliers, l’élevage porcin: «Il est maintenant admis par l’Inra que c’est l’excès d’azote d’origine agricole qui crée ce phénomène. C’est l’élevage intensif, porcin, bovin ou autre, qui en est la cause», accuse Jean Hascoët, de l’association Baie de Douarnenez Environnement. Le ministère de l’Ecologie l’explique sur son site: «Le nitrate provient aujourd’hui essentiellement des activités agricoles, notamment de l’épandage d’engrais azoté d’origine minérale ou organique (lisier ou fumier). Seule une partie de l’azote est absorbée par les plantes, et le reste se diffuse dans la nature (eau, sol, air). L’eau chargée en nitrates ruisselle depuis les champs, rejoint les rivières puis la mer».
Les algues vertes se développent rapidement sous l’effet de l’azote: «Les rivières bretonnes ont décuplé depuis 50 ans leurs apports en nitrates à la mer à cause de l’agriculture intensive», explique Alain Menesguen, du laboratoire d’écologie benthique au Centre Ifremer Bretagne. Et l’hydrogène sulfuré qu’elles dégagent en séchant est mortel pour les animaux sauvages qui marchent sur les algues.
Les élevages de saumons font aussi peser de réels dangers aux poissons sauvages. En février dernier, les pêcheurs de saumons écossais manifestaient leur mécontentement: «Les cages regroupant des centaines de milliers de saumons sont un lieu de développement pour des millions de poux de mer, expliquait alors le rédacteur en chef du magazine Trout and Salmon. Pour les éliminer, les éleveurs utilisent des produits chimiques très toxiques».
Résultat, les saumons sauvages sont victimes à la fois des poux et des produits chimiques. En descendant les rivières, ils passent dans les zones d’élevage où les parasites pullulent et sans médicaments pour les en débarrasser, ils se font littéralement dévorer par les poux. Autre menace pour les saumons sauvages: les «évadés» des élevages qui entrent en compétition pour la nourriture, répandent des maladies et peuvent modifier leur patrimoine génétique, les rendant inadaptés à leur environnement.
Un grand nombre de chasses se font aujourd’hui avec du gibier «de tir», élevé pour être lâché devant les fusils. Comme chez les saumons, «les fortes densités d'animaux souvent rencontrées dans les élevages favorisent la réalisation des divers cycles parasitaires, explique l’Association nationale pour une chasse écologiquement responsable (Ancer). Au moment d'être lâché dans la nature, le gibier d'élevage est presque toujours porteur de germes. Ce sont de véritables bombes bactériologiques à retardement qui sont injectées au contact des populations d'animaux indigènes». La maladie virale hémorragique (VHD) par exemple, qui décime les lièvres sauvages, a été importée avec des lapins destinés à l’élevage.
Le gibier d’élevage est aussi beaucoup moins timide que ses congénères sauvages, avec tous les dégâts que cela peut causer: «Un sanglier d'élevage par exemple, outre qu'il craint peu l'homme, ne sait pas chercher sa nourriture. Contrairement au sauvage qui "exploitera" d'abord les ressources naturelles de la forêt, il ira, lui, au plus facile: les champs cultivés. A l'heure où on ne sait plus comment payer la facture des dégâts aux agriculteurs, il conviendrait de la présenter, en priorité, aux partisans des lâchers», accuse l’Ancer.