Les prévisions sont plutôt pessimistes sur l’avenir de Kyoto, mais la France veut croire que les négociations internationales sur le climat ne sont pas dans l’impasse. Lundi, la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, recevait à Paris le président du Groupement intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec), Rajendra Pachauri, pour évoquer les préparatifs du sommet de Durban, à partir du 28 novembre 2011.
«A Copenhague, nous avons assisté à une dramatisation des enjeux qui n’a pas aidé à la réalisation de notre objectif, commente Nathalie Kosciusko-Morizet. Cancun est apparu à cet égard comme un succès. Ceci dit, l’accord conclu comporte des limites», parmi lesquelles le fait que les engagements de réduction des émissions ne sont pas contraignants et ne permettent pas de limiter la hausse des températures à +2°C par rapport à l’ère préindustrielle.
Pour la ministre, Durban doit «mettre en œuvre les avancées du sommet de Cancun et peut être une étape décisive sur plusieurs sujets», au premier rang desquels l’avenir du protocole de Kyoto, mais aussi le débat sur les financements «innovants» pour alimenter le nouveau Fonds vert, le suivi et la vérification des engagements de réduction d’émissions, ainsi que le développement de partenariats concrets comme les mécanismes REDD+ pour les forêts ou l’initiative Paris-Nairobi.
La limite de +2°C d’ici à 2050, fixée par le Giec, devrait être au moins confirmée, sinon réduite à moins de 2°C, par le cinquième rapport du groupement de scientifiques, qui servira de base aux négociations climatiques. Même si pour Rajendra Pachauri, «tout ce qui est dit dans les rapports précédents suffit à justifier l’action contre le changement climatique», les décisions politiques ne suivent pas toujours: plusieurs pays, notamment le Japon et le Canada, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne voulaient pas d’une deuxième période d’engagement dans le protocole de Kyoto.
L’ambassadeur français en charge des négociations sur le changement climatique, Serge Lepeltier, avoue avoir «des moments d’inquiétude»: «L’Europe sera au cœur des négociations sur Kyoto mais elle risque d’être la seule à vouloir prolonger l’engagement. Il faut que les pays émergents bougent sur ce sujet», explique Serge Lepeltier. Car si la Chine ou l’Inde refusent de se soumettre aux quotas internationaux et à des mesures harmonisées des émissions de CO2, les grands pays industrialisés pourraient vouloir se soustraire à des contraintes qui nuiraient à leur compétitivité. Des enjeux économiques qui seront au programme de Durban et face auxquels les recommandations des climatologues du Giec risquent de ne pas peser lourd.