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L'écrit était presque parfait

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20060302-CUL-VIEL/20 Minutes

Nouveau roman de Tanguy Viel, écrivain de plus en plus attendu

L'oeuvre que Tanguy Viel, 32 ans, est en train de construire est née d'un conseil glissé par Jérôme Lindon, feu le patron des Editions de Minuit. En 1996, Tanguy Viel, belle gueule, lunettes rondes et manteau noir, est vaguement en fac d'histoire à Tours et plus sûrement dans les salles de cinéma et au comptoir du Donald's pub, où il sert parfois. « J'avais envoyé à Minuit une sorte de récit poétique nébuleux, raconte l'auteur. Ils m'ont dit qu'ils ne le publieraient pas. Mais mon style les intéressait. Je n'ai pas pris ça pour un refus, plus pour un encouragement. Jérôme Lindon m'a alors conseillé de prendre un fait divers pour intrigue. » Deux ans plus tard, son premier roman, Le Black Note, naît de la contrainte de s'imposer une intrigue. Le style est déjà là, limpide et riche. Le deuxième, Cinéma, est écrit dans la foulée. Dans la fièvre. Un exercice de style brillant autour du film Le Limier, de Mankiewicz.

Le syndrome du deuxième livre survient alors avec un roman refusé par Minuit. Il part à Nantes, près de sa région d'enfance, et c'est là qu'il reprend le « droit chemin ». Celui soufflé par Jérôme Lindon. Il choisit une intrigue, un lieu, des personnages et cela donne L'Absolue perfection du crime, petite mécanique huilée autour du casse raté d'un casino. « Pour ce roman, je me suis dit “Tu vas écrire un livre, sans noyer le poisson”. » Sauf que pour Tanguy Viel, écrire est un mot restrictif. Il manque les images, la lumière, les plans-séquences... Lui écrit comme d'autres filment. Ses lecteurs sont des spectateurs. Ses romans se lisent en deux heures intenses.

Tanguy Viel part à Rome, à la villa Médicis pour écrire un pavé gothique sur la manipulation. Il finira par épurer son intrigue pour privilégier l'efficacité et l'ellipse. Il reste un récit dense, Insoupçonnable, autour d'une histoire de kidnapping où plane l'ombre d'Hitchcock. Tanguy Viel puise dans sa cinémathèque intérieure pour construire des phrases dont une seule contient tout un monde. Pour sa prochaine intrigue, il veut se plonger dans son histoire familiale. Là où il existe aussi des vérités insoupçonnables.

David Carzon

Photos : Cédric Martigny

Tanguy Viel, Insoupçonnable, Les Editions de Minuit.

©2006 20 minutes
François Bon, écrivain* La rencontre « Il était objecteur de conscience au Centre dramatique régional de Tours. Ses possessions se limitaient à six cartons, dont cinq de livres. » La galère « Au théâtre, on se réjouissait de sa disponibilité pour rester le dernier et fermer les portes, le soir, sans que personne ne sache qu'il y dormait et vivait clandestinement. » Les projets « A chaque rencontre, il me fait part de projets dont je suis jaloux : une histoire de la pénétration du verre en Occident, une encyclopédie du cinéma par tous les films qu'il a vus... » *Dernier roman de François Bon : Daewoo (Fayard)
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