Meurtre d'Ilan : chronologie d'un drame

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Publié le 3 mars 2006.

13 février 2006

Ilan Halimi, vendeur de téléphones à Paris, est découvert nu, baîllonné, menotté et portant des traces de torture et de brûlures, agonisant à proximité de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne). Il avait été enlevé le 21 janvier par un gang de ravisseurs, auto-surnommé « les barbares », qui réclamait à la famille une rançon d’environ 400.000 ou 450.000 euros.

14 février

Un jeune homme est interpellé vers 11h par les policiers de la brigade criminelle parisienne. Il est soupçonné d’avoir pu intervenir comme « prestataire de service » pour le compte des ravisseurs.

15 février

La garde à vue du suspect est prolongé de 24 heures alors qu’un appel à témoins est lancé : deux portraits robots d’une jeune femme blonde qui a servi d’appât sont diffusés ainsi que la photo d’un suspect, le visage masqué jusqu’aux yeux. Le juge d’instruction parisien Corinne Goetzmann, spécialisé dans les affaires de criminalité organisé, est en charge d’une information judiciaire notamment pour « assassinat, enlèvement et séquestration en bande organisée avec actes de torture et de barbarie et association de malfaiteurs ».

16 février

-Le Parquet de Paris estime que le gang des ravisseurs n’a pas agi sur des motivations antisémites. « Certaines des victimes (du gang) ne sont pas juives » estime-t-il, précisant qu’il n’y a « jamais eu d’insultes, ni de revendications antisémites, dans les SMS ou autres messages envoyés à la famille ».
-La jeune femme blonde utilisée comme appât se rend à la police. Elle donne des informations « significatives » qui permettent l’arrestation dans la nuit par environ 150 à 200 policiers de treize personnes âgés de 17 à 32 ans et mises en garde à vue.

17 février

-Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) appelle la communauté juive à « garder son calme » avant l’enterrement d’Ilan. « Le CRIF partage l’émotion de la communauté juive. Il convient de garder son sang froid et prudence dans l’attente de nouveaux développements de l’enquête », écrit-il.
-Jean-Claude Marin, procureur de la République de Paris, tient une conférence de presse au cours de laquelle il diffuse la photo de Youssouf Fofana, chef présumé des ravisseurs qui se fait appeler « brain of barbarians » (le cerveau des barbares) : homme noir, crâne chauve avec un bouc et une barbe de quelques jours. Selon le Parquet, cet individu est « extrêmement dangereux » et a de nombreux « antécédents judiciaires ». Il rappelle que « le mobile antisémite n’est pas avéré » et que « le mobile affiché était d’obtenir de l’argent ».
-Les enquêteurs ont localisé l’appartement de Bagneux (Hauts-de-Seine) où a été séquestré Ilan « nu, le visage couvert ».

18 février

Trois des personnes interpellées sont mises en examen, selon des sources judiciaires.

19 février

-Les trois suspects sont écroués alors que la police recherche toujours activement le chef présumé de la bande.
-La voiture d’un automobiliste, qui se retrouve au milieu d’un cortège à Paris à la mémoire d’Ilan, est défoncée en fin d’après-midi par plusieurs dizaines de manifestants. Des violences condamnées par le CRIF.

20 février

-La mère d’Ilan déclare au quotidien israélien « Haaretz » qu’il a été victime d’un acte antisémite.
-Claude Goasgen, candidat aux primaires UMP à Paris, dénonce le « silence persistent des autorités de police sur les vraies motivations du meurtre » d’Ilan « qui peut amener dans les plus brefs délais des affrontements communautaires extrêmement graves ». Nicolas Sarkozy, lui, déclare que « ceux qui ont torturé » et tué Ilan « ne sont rien d’autre que des barbares ».
-Le garde des Sceaux, Pascal Clément, révèle que le juge d’instruction a retenu des « circonstances aggravantes d’antisémitisme ».
-Lors de la soirée du CRIF, son président, Roger Cukierman, presse Dominique de Villepin d’établir « toute la vérité » sur le meurtre d’Ilan pour savoir s’il a été tué « parce que juif ». Le Premier ministre lui répond qu’il a demandé « que toute la lumière soit faite » sur les « motivations » du meurtre.
-Le Mrap annonce son intention de porter plainte et de se constituer partie civile, estimant que le « mobile raciste doit être considéré comme une circonstance aggravante ». De son côté, SOS Racisme envisage aussi de porter plainte « si cela n’entrave pas le souhait de la famille ».

21 février

-Selon Le Figaro, Youssouf Foufana serait refugié en Côte d’Ivoire où deux enquêteurs français doivent se rendre.
-Sept suspects, mis en examen, sont placés en détention provisoire par le juge des libertés. Selon une source judiciaire, deux éléments des déclarations de suspects en garde à vue sont à l’origine du choix de la circonstance aggravante d’antisémitisme : l’un indique qu’Ilan a été enlevé parce que juif et l’autre déclare avoir appris que l’otage aurait été brûlé en raison de sa religion.
-Trois associations, la Licra, SOS Racisme et l’UEJF, appellent à un « rassemblement citoyen » dimanche auquel se joint plus tard le Mrap alors que Nicolas Sarkozy évoque de « l’antisémitisme par de l’amalgame » de la part des ravisseurs. Le ministre de l’Intérieur annonce également que des « documents de soutien au comité de bienveillance et de secours aux Palestiniens, ainsi que des prescriptions de caractère salafiste » ont été découverts lors de perquisitions.
-La justice ivoirienne confirme qu’une personne s’appelant Youssouf Foufana est arrivée la semaine dernière en Côte d’Ivoire.
-La mère d’Ilan assure que son fils « a été sacrifié au nom de tous les juifs » et veut que le gouvernement prenne « des décisions pour que ça ne recommence plus ».

22 février

-Le CRIF lance un appel à participer à la manifestation prévue dimanche aux côtés de SOS Racisme et de la Licra alors que trois personnes, interpellées la veille dans la région marseillaise, sont maintenues en garde à vue.
-Le Syndicat national des officiers de police (SNOP) estime que les policiers de la brigade criminelle en charge de l’enquête, mise en cause par la famille d’Ilan, ont fait preuve de « professionnalisme ».
-Une source judiciaire annonce que le gardien de l’immeuble où a été séquestré Ilan doit être présenté à la juge d’instruction.
-Le PS, le PCF et la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) annoncent à leur tour qu’ils s’associent à la manifestation de dimanche alors qu’au contraire, la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) y renonce et met en garde « contre toute instrumentalisation politique » du meurtre.
-Dominique de Villepin et Jacques Chirac annoncent leur participation à la cérémonie en hommage à Ilan prévue le lendemain soir à la synagogue de la Victoire à Paris.
-Me Teddy Cohen, avocat de l’une des personnes mises en examen, affirme que son client n’a pas agi par antisémitisme.

23  février

-Youssouf Fofana est reconnu et arrêté à 2h30 du matin par des policiers ivoiriens à un barrage routier dans la banlieue d'Abidjan. Il reconnaît sa participation au meurtre d'Ilan Halimi. Dominique de Villepin déclare sur Canal + qu'il "pourrait être rapatrié en France dans les toutes prochaines heures".
-Roger Cukierman se félicite de l'arrestation de Youssouf Fofana, parlant d'un "immense soulagement". Le président du Sénat, Christian Poncelet, affirme qu'"il faut maintenant sanctionner, et sanctionner sans indulgence" les coupables du meurtre de Ilan Halimi, dont le caractère antisémite ne fait "pas de doute". La mère d'Ilan Halimi déclare, quant à elle, ne pas avoir "plus de joie que ça" après avoir appris la nouvelle de l'arrestation de Youssouf Fofana, dans un interview à France 2.
-Plusieurs personnalités politiques, dont Bertrand Delanoë, Philippe Douste-Blazy ou Nicolas Sarkozy, annoncent leur participation au rassemblement de dimanche.

24 février 

Un mandat d'arrêt international visant Fofana et une demande d'extradition parviennent à Abidjan. Fofana nie le meurtre d'Ilan Halimi, affirmant: "c'est pas moi". 

25 février 

Le parquet de Paris envisage une jonction des dossiers de racket, déjà à l'instruction à Paris et Nanterre, et pouvant être attribués au gang.
- Les enquêteurs français entendent de nouveau Fofana à Abidjan. Sa garde à vue est prolongée
de 48 heures.
- Le ministre ivoirien de la Justice, Mamadou Koné, annonce que la procédure d'extradition de Fofana est "engagée" et qu'elle "sera conduite dans des délais que le gouvernement souhaite les plus brefs possibles".
- Un autre suspect, Christophe Martin-Valet, qui aurait été "plus qu'un geôlier" selon une source judiciaire, est mis en examen et écroué.

26 février

Des dizaines de milliers de personnes se rassemblent à Paris et en province pour la marche en mémoire d'Ilan. Responsables politiques de droite et de gauche défilent en tête de la manifestation parisienne, à l'exception de Philippe de Villiers (MPF), chassé par le service d'ordre, tandis que le FN a fait état d'une présence discrète en milieu de cortège.

27 février

Fofana est incarcéré à la prison centrale d'Abidjan dans l'attente d'une décision de la justice ivoirienne sur son extradition.

28 février

une jeune femme de 17 ans, qui aurait joué le rôle d'"appât" dans l'enlèvement d'Ilan, est mise en examen et incarcérée à Paris.


1er mars

Villepin déclare qu'"il est très important" que Fofana "rentre en France en pleine légalité", mais un "collectif" de cinq avocats ivoiriens affirme que l'intéressé "ne peut pas être extradé car il est Ivoirien de par ses parents".
- Au total, 19 personnes sont poursuivies dans ce dossier, dont seize ont été placées en détention provisoire.

2 mars

Youssouf Fofana ingère une petite quantité d'eau de Cologne dans sa prison à Abidjan, sans aucune conséquence sur sa santé. En fin de journée, la chambre d'accusation de la Cour d'appel d'Abidjan, réunie à huis-clos, donne un avis favorable à l'extradition vers la France de Youssouf Fofana.

3 mars

Le président ivoirien Laurent Gbagbo signe le décret d'extradition de Youssouf Fofana, ouvrant la voie au rapatriement rapide vers la France du chef présumé du "gang des barbares"

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