Mardi, le Japon a relevé de 5 à 7 le niveau de gravité de l'incident sur la centrale de Fukushima, rejoignant ainsi l’accident de Tchernobyl au sommet de l'échelle internationale des événements nucléaires (INES). Les similitudes entre les deux catastrophes s’arrêtent-elles à cette classification en «accident majeur»?
«A Tchernobyl, le réacteur était encore en marche quand il a explosé», explique Bertrand Barré, conseiller scientifique auprès d’Areva. C’est un test destiné à montrer que la centrale ukrainienne pouvait être relancée après une interruption du courant électrique qui a provoqué l’accident.
Alors qu’à Fukushima, l’alimentation en eau et en électricité a fait défaut pour refroidir les réacteurs à l’arrêt après le séisme, le cœur des réacteurs ukrainiens n’a même pas eu le temps d’être refroidi : les pastilles d’uranium surchauffées ont explosé, dégageant une force qui a soulevé la dalle de béton de 2.000 tonnes qui surplombait le réacteur. Des débris incandescents de cette dalle ont alors provoqué un incendie, aggravé par la présence de graphite dans la centrale.
Le Mox utilisé à Fukushima a été qualifié de «matière la plus dangereuse de la planète» par Greenpeace. Ce mélange d’oxydes d’uranium et d’oxydes de plutonium, fabriqué à partir de matières nucléaires recyclées, serait plus radioactif que l’uranium pur. En cas de fusion du cœur et de formation d’un «corium», sorte de grosse boule de métal en fusion, la dalle de béton sous la centrale pourrait rapidement être transpercée.
«A Tchernobyl, les Russes ont creusé des galeries pour congeler la Terre avec des camions frigorifiques et arrêter la boule de corium», se rappelle Roland Desbordes, président de la Criirad. Si on ne peut pas la refroidir, elle va transmettre la radioactivité aux nappes phréatiques et aux sols en général.»
La différence majeure entre l’accident de Tchernobyl et celui de Fukushima est l’incendie qui a projeté les particules radioactives assez haut dans l’atmosphère et a favorisé leur dispersion depuis la centrale ukrainienne. «A Fukushima, il n’y a pas de graphite, mais par contre il y a six réacteurs, alors qu’il n’y en avait qu’un à Tchernobyl», rappelle Roland Desbordes.
Les émissions de particules radioactives en provenance de Fukushima représentent environ 10% de la quantité émise par la centrale de Tchernobyl a déclaré mardi l'agence japonaise de sûreté nucléaire. Mais elles pourraient au final être plus importantes qu'à Tchernobyl, car elles n’ont toujours pas cessé depuis un mois.
Il a aura fallu douze jours pour éteindre l’incendie de Tchernobyl et huit mois pour réaliser le sarcophage destiné à stopper les radiations. A Fukushima, les employés de Tepco ne luttent «que» depuis un mois pour arrêter les réactions en chaîne dans la centrale. Le risque d’une réplique du séisme plus proche de la centrale rend la suite des travaux encore plus aléatoire.
Autour de la centrale de Tchernobyl, une zone interdite de 30km est toujours fermée au public, vingt-cinq ans après l’accident. La ville de Prypiat, la plus proche de la centrale, est devenue une ville fantôme.
Autour de Fukushima, les évacuations ont d’abord été ordonnées dans un rayon de 20km autour de la centrale, puis élargies le 11 avril à 40km. Selon André-Claude Lacoste, président de l’ASN, «en fonction de l’étalement de la radioactivité, la gestion de ces territoires sera difficile durant des années, voire des décennies. La centrale, elle, est un site perdu».