David Veilleux et Romain Lemarchand ont 23 ans, toutes leurs dents et flippent gentiment avant leur premier Paris-Roubaix, dimanche. Quand on demande à David Veilleux si ses nuits sont plus courtes avant de goûter à cet «Enfer du Nord» pavés de mauvaises intentions, le rouleur de chez Europcar répond du tac au tac avec son plus bel accent québécois: «Si j’avais peur de cette course, j’aurais demandé à ne pas la faire». Le Canadien l’avoue pourtant, il ignore presque tout de Paris-Roubaix et de ses 51,5 km de pavés qui ont traumatisés des générations de coureurs: «La course n’est pas diffusée au Canada, je vais découvrir les différents secteurs pavés lors des reconnaissances».
Paris-Roubaix, Romain Lemarchand est tombé dedans quand il était petit. Fils de l’ancien équipier de Greg Lemond, François Lemarchand, le coureur AG2R a encore en tête les arrivées au Vélodrome de Roubaix à guetter la longue silhouette paternelle. «Mon père ne m’en parle pas trop, avoue-t-il. Il veut me laisser découvrir par moi-même.»
Voir Roubaix et se doucher
Même sans les conseils du papa, Lemarchand devine dans quelle galère il s’avance, au point de pouvoir tenir une conférence sur le pavé nordiste. «Par rapport aux classiques flandriennes, le pavé est beaucoup plus gros et en mauvaise état. Tu ressens beaucoup plus les vibrations dans tes bras». La tranchée d’Arenberg, le carrefour de l’Arbre, Mons-en-Pévèle, ces noms commencent tout juste à trotter dans la tête de David Veilleux. Le Canadien sait qu’un premier Paris-Roubaix se termine très souvent dans la voiture balais. «Je vais faire mon travail de coéquipier. Après, j’aimerais bien finir la course s’il me reste encore quelques forces», annonce ce spécialiste du contre-la-montre.
Plus que les chutes et les 258km à avaler, Romain Lemarchand redoute surtout l’accident mécanique. «Quand tu crèves dans un secteurs pavé, tu peux attendre cinq minutes avant d’être dépanné. J’ai déjà connu ça à Gand-Wevelgem et sur A travers les Flandres», déplore celui qui va d’abord se mettre au service de Lloyd Mondory et de Sébastien Hinault. Car avant de pouvoir prétendre à une place sur la plus impitoyable des classiques, le bizuth doit bouffer du pavé. «C’est une course qui peut me plaire… mais plus tard, glisse Lemarchand. Dimanche, j’aimerais déjà voir l’arrivée.» Et savourer une douche bien méritée au Vélodrome, comme le veut la tradition.