« Je suis le spécialiste des affaires qui n’existent pas. » C’est ainsi que Thierry Breton résume les dossiers auxquels son nom est mêlé : l’entente entre les opérateurs de téléphonie mobile dénoncée par le Conseil de la concurrence, les soupçons de manipulation des comptes de Rhodia entre 1999 et 2002 dont il a été un des administrateurs et la cession avantageuse par Vivendi Universal (VU) de Canal+ Technologies à Thomson Multimédia (TMM), qu’il dirigeait.
L’enquête sur Rhodia vient de rebondir. Le Canard enchaîné affirme que l’Autorité des marchés financiers (AMF) a réécrit son rapport critique sur le groupe quatre jours après la nomination de Breton à Bercy. Une affaire dans laquelle le ministre a déjà vu son domicile et son bureau perquisitionnés le 27 juin, un fait rarissime, mais pas commenté par la classe politique.
Les enjeux sont énormes : la surévaluation des acquisitions de Rhodia s’élèverait à 1 milliard d’euros et la plus-value pour TMM après la revente de Canal + Technologies est estimée à 110 millions d’euros. Quant au « Yalta des parts de marché » de la téléphonie mobile qui aurait été évoqué en sa présence alors qu’il dirigeait France Télécom, il porte sur plusieurs milliards.
Hier, l’AMF a démenti avoir écrit son rapport « sous pressions » pour le protéger. Ce que contestent trois députés PS qui ont ouvert « une mission d’enquête informelle ». Pour Arnaud Montebourg, « Breton est toujours au centre de conflits d’intérêts. Contrairement à Nelly Kroes, commissaire européenne à la Concurrence, il n’a pas abandonné les dossiers impliquant des entreprises avec lesquelles il a travaillé. » La France fait encore figure d’exception. Arnaud Sagnard
© 20 minutes
chronologie
octobre 2004 Information judiciaire dans l’affaire Rhodia et début d’instruction dans l’affaire Canal+ Technologies.
mars 2005 Lettre de griefs de l’AMF à Rhodia où le nom de Breton a disparu entre une 1re et 2e version, selon Le Canard enchaîné.
juin 2005 Perquisitions chez Thierry Breton.
décembre 2005 Les opérateurs mobiles condamnés pour entente illicite.
janvier 2006 Le Canard publie des documents prouvant l’omission de l’AMF.