La conférence de Cancun ne restera certainement pas dans les annales de la lutte contre le réchauffement climatique. Avec un accord technique dont le principal mérite est de redonner leur légitimité aux négociations internationales, le sommet mexicain s’achève sur un sentiment d’espoir mais aussi d’impatience pour les militants écologistes.
Alors que la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko Morizet, se félicite d’un accord qui «comporte des avancées concrètes notamment en matière de lutte contre la déforestation, de transfert de technologies et de financement», Greenpeace dénonce la frilosité des positions française et européenne sur les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre: «La France doit cesser de freiner les ambitions climatiques de l’Europe et soutenir le passage de 20 à 30% de manière inconditionnelle», déclare Karine Gavand, responsable de la campagne climat de Greenpeace France.
Les Etats-Unis, eux, n’apparaissent plus comme un élément bloquant les négociations: «Le monde n’attend plus les Etats-Unis pour avancer et se projeter dans le futur. C’est un changement fondamental», commente l’économiste britannique Nicholas Stern, qui prédit des sanctions économiques: «Dans dix ans, des pays «propres» se diront qu’ils n’ont pas besoin d’importer des produits qu’ils considèrent comme sales en émissions de CO2. Les Etats-Unis, vu leur passivité actuelle dans les négociations climatiques et leur lenteur à réduire leurs gaz à effet de serre, se retrouveront peut-être face à un boycott de fait.»
Hélène Gassin, vice-présidente de la région Ile-de-France chargée de l’environnement, rappelle que la mobilisation des collectivités locales est toujours importante: «60% de l’effort de réduction provient de là. Les régions se sont saisies de beaucoup de sujets, comme les transports, la rénovation énergétique des logements ou l’aménagement urbain, et leur mobilisation n’a pas été freinée par Copenhague».
Disposition importante de l’accord de Cancun, la création d’un Fonds vert pour aider les pays en développement est «une avancée symbolique importante pour les populations des pays les plus vulnérables», déclare Anne Chetaille, chef de file de la commission Climat et développement de l’ONG Coordination SUD. Toutefois, la question des sources de financements reste entière, ce qui fait dire à Greenpeace que ce fonds n’est qu’une «coquille vide».
«Après Nagoya et Cancun, les dirigeants ne pourront plus se cacher derrière la supposée inefficacité des Nations unies pour justifier leur inaction», déclare l’euro-député Yannick Jadot. Véritable réussite de ce sommet, le sauvetage des négociations internationales a permis de rétablir la confiance, «condition indispensable au succès de la coopération internationale», explique François Gemenne, chercheur à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales).
Tous les observateurs s’accordent pour dire que l’accord de Cancun ne va pas permettre de réels progrès dans la lutte contre le changement climatique: «Les promesses de réduction des émissions sont loin d’être suffisantes pour maintenir le réchauffement de la planète sous la barre des 2°C. Si le train des négociations est à nouveau sur les rails, il accuse toutefois un retard dramatique», rappelle Yannick Jadot.
Un constat partagé par Jean Jouzel, climatologue membre du Giec (Groupement intergouvernemental d’experts sur le climat): «On a perdu un peu de vue les objectifs du point du vue du scientifique», estime le scientifique qui pense que l’objectif de +2°C est fortement compromis: «On est toujours plutôt sur une trajectoire de 3°C. Ce qui est sur la table ne correspond pas à ce qu'il faudrait faire».