Houellebecq s'inspire de Wikipedia

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Publié le 3 septembre 2010.

LIVRES - Certains passages de «La Carte et le Territoire» sont issus de l'Encyclopédie en ligne...

Et dire que pour une fois, on aurait pu croire à un roman qui ne ferait pas polémique. Un Houellebecq sans cri ni sang, juste de la littérature, si ce n’est plébiscitée, du moins tolérable par tous. Le coquin, il nous a bien eus…

Un journaliste de Slate.fr a découvert que l’écrivain, qui publie son dernier roman chez Flammarion, s’est grandement inspiré de l’encyclopédie en ligne Wikipédia pour au moins trois descriptions…

Exemple, la description de Beauvais comparée sur le site. Houellebecq écrit: «Les premières traces de fréquentation du site de Beauvais pouvaient être datées de 65.000 ans avant notre ère. Camp fortifié par les Romains, la ville prit le nom de Caesaromagus puis de Bellovacum, avant d’être détruite en 275 par les invasions barbares.» Version Wikipédia: «Les premières traces de fréquentation du site de Beauvais datent de 65.000 ans avant notre ère. Camp fortifié par les Romains, Beauvais prend, au 1er siècle, le nom de Caesaromagus: le Marché de César. Devenue Bellovacum, la ville gallo-romaine fut détruite à nouveau par les invasions barbares vers 275.»

Le plagiat, genre littéraire
 

Sur l’inspiration, il n’y a pas à dire. Sur les motifs? Comme le souligne Slate.fr, «l'écrivain s'est toujours attaché à décrire la société à travers le langage clinique et formaté de la communication». Se servir de Wikipédia fait sens dans la démarche de Houellebecq. Rien de très surprenant donc. Outre les questions juridiques de droit, le plagiat peut d’ailleurs être un genre littéraire à part entière – le pastiche. Il s’agit d’imiter un style, de parodier des manies littéraires.

Evidemment, les détracteurs de Michel Houellebecq seront ravis d’avoir de nouveaux arguments pour ranger l’auteur au rang des ignominies de la littérature. Mais s’il est taxé de plagiaire, Houellebecq aura le plaisir de rejoindre la liste de ceux que l’on aura un temps accusé du même délit: de Zola à Apollinaire jusqu’à Proust.

Et si on lui demande encore de rendre des comptes, il pourra appeler à sa rescousse Marie Darrieusecq, auteur du très beau «Rapport de police, accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction», paru cette année, et dans lequel elle cite Derrida: «La Parole est toujours volée».

Charlotte Pudlowski
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