Il paraît qu’en Jamaïque le nom de Christophe Lemaître a fait le tour de l’île ces jours-ci. La presse locale suit d’un œil curieux les performances de celui que l’on considère comme une attraction au pays des rois du sprint. Un blanc sans pectoraux qui écoeure Chambers et touche de l’or, cela intrigue. Et c’est déjà pas mal. Personne n’oserait faire du Français un rival potentiel d’Usain Bolt et ses copains. Au niveau mondial, l’adoubement n’est pas encore pour demain.
Avec ses 10’11 en finale, Lemaitre sait bien qu’il ne lutte pas encore dans la même catégorie que les stars du sprint mondial. Le duel avec Bolt et Powell au stade de France l'a prouvé il y a trois semaines. Son chrono de mercredi soir ne lui aurait pas non plus permis de disputer une finale de niveau mondial. Aux Jeux de Pékin, il aurait à peine existé en demi-finale. Vu d’Europe, Lemaitre fait pourtant office de sauveur de la nation, comme l’ensemble de cette équipe de France, actuellement en tête du classement des médailles (7, dont trois titres à trois jours de la fin). Le bilan est déjà reluisant. Pour Nicolas Sarkozy, qui dégaine son communiqué après chaque médaille, voilà les nouveaux héros du sport français. Bien plus sympas que le footeux, et surtout plus performants.
Ne pas s'enflammer
«Le risques, c’est de les voir un peu trop beaux», tempère Jacques Piasenta, entraîneur réputé dans le monde du sprint. Faisons gaffe, dès l’année prochaine aux championnats du monde ce sera bien plus dur dès les séries. Si on s’enflamme trop, on va tomber de haut.» Sans verser dans le cynisme de Jean-Claude Perrin (ancien entraîneur des perchistes français) qui assimile cette compétition à «la troisième division de l’athlétisme mondial», certaines performances barcelonaises sont clairement à pondérer.
«Il y a vingt ou trente ans, l’Europe ramenait 75% des médailles aux Jeux olympiques. Maintenant, elle n’en ramène plus que 50%, enchaîne Piasenta. Sur certaines épreuves, le niveau est très relevé, mais sur d’autres beaucoup moins. C’est flagrant.» En clair, il n’y a que dans les épreuves de lancers – où les Français sont totalement absents – que le niveau européen fait office de référence. Dans les disciplines de vitesse, difficile de se projeter sur des objectifs olympiques en l’absence de l’attelage américano-jamaïcain. Idem dans le fond, où les Africains trustent les meilleures performances mondiales. Piasenta: «Il y en a certains, comme Barras ou Diniz qui figurent parmi les meilleurs mondiaux. Mais pour Mang ou Soumaré, par exemple, il ne faut pas se leurrer. Même avec leur podium, elles ne seront pas invitée en meeting.»
«Au niveau mondial, c’est une autre dimension»
Pour les deux médaillées du 100m féminin, «cette compétition n’est sûrement pas un aboutissement, mais bien une étape avant les Jeux de Londres», indique Patricia Girard, retraitée depuis octobre du 100m haies. «Si on titille les meilleures européennes, on peut peut-être prétendre à quelque chose aux JO. Elles saisissent leur chance sur un championnat d’Europe, parce que c’est très ouvert. Au niveau mondial, c’est une autre dimension. A 11’10, on peut espérer faire deux tours sur 100m. Pas plus. Mais bon, il faut bien commencer par là.» Champion de chez soi, c’est déjà ça.