De notre envoyé spécial au Comic-Con
Il est peut être en fauteuil roulant et n'entend plus très bien, mais Ray Bradbury n'a rien perdu de sa vivacité et de son humour. Plus de 30 ans après avoir participé à la première édition du Comic-Con, il a tenu une conférence dans l'enceinte du Convention Center de San Diego, vendredi, à l'occasion de la sortie d'une série d'entretiens publiée par son biographe, Listen to the echoes. Confidences d'un des maîtres de l'imaginaire, qui continue d'apprécier chaque seconde de la vie «comme lorsqu'[il] avait 12 ans».
Ce qu'il aime: écrire, Bo Derek, les bibliothèques municipales, l'exploration spatiale
«A la fin du lycée, je n'avais pas d'argent pour aller à l'université. Pendant 10 ans, trois jours par semaine, j'ai traîné dans les bibliothèques municipales, dévorant tout ce qui me passait sous la main. Si vous voulez bachoter, allez à la fac. Si vous voulez vous éduquez, lisez. A 28 ans, je suis sorti diplômé de la bibliothèque publique», raconte-t-il, l'œil brillant.
Ça lui fait quoi d'être considéré comme l'un des maîtres de la science fiction? Il réfléchit un instant puis lâche, dans un rire, «It feels damn good» («c'est le pied»). Pour lui, le secret pour être un bon auteur, c'est de «laisser les personnages écrire le livre tout seul».
Sautant d'un instant de sa vie à l'autre, il se rappelle avec émoi de Bo Derek et regrette «de ne pas avoir passé plus de temps avec elle. «C'était il y a 30 ans, dans une gare à Paris. Une magnifique jeune femme vient me voir et me dit 'Monsieur Bradbury, je vous aime, voulez-vous voyagez avec moi?'» On est allé dans le sud de la France...». Il n'en dira pas plus, mais son biographe, Sam Weller, raconte qu'à 70 ans, Bradbury lui avait confié être un «volcan sexuel».
Quand il s'agit d'aborder la science, le vieil homme s'emporte soudain. «On n'aurait jamais dû abandonner la lune. Il faut remettre de l'argent, développer des fusées et aller y construire une base. Puis, dans 40 ans, Mars. Et dans 300 ans, explorer en dehors du système solaire. C'est la seule solution pour que l'humanité touche à l'éternité. Si les fonds publics pour les explorateurs comme Colomb avaient été coupés, on ne serait pas en train de discuter cet après-midi.»
Ce qu'il n'aime pas: Internet, les livres électroniques, Mel Gibson et les voitures
C'est plutôt surprenant pour un écrivain qui a imaginé de nombreuses avancées technologiques. Mais Ray Bradbury se fâche tout rouge quand un fan lui demande ce qu'il pense d'Internet. «C'est un grand machin qui nous pourrit l'existence. Un jour, quelqu'un est venu me voir pour mettre mes livres sur Internet (le patron de Yahoo, ndr). Je lui ai dit d'aller se faire voir. Les livres électroniques, c'est pareil. Je ne les aime pas. Ils n'ont pas d'âmes. Un livre, ça sent, ça a une mémoire.»
L'écrivain, qui travaille sur un recueil de nouvelles inédites et un scénario, n'apprécie pas non plus les voitures. Il n'a même pas son permis. «Je voudrais qu'on installe un tramway dans tous les coins de Los Angeles. Et des TGV, comme en France». En revanche, il a conduit à distance, depuis le GQ de la Nasa, le Mars Rover, à la surface de la planète rouge.
Va-t-on voir bientôt un remake de Fahrenheit 451? «Pas pour l'instant», se lamente-t-il. «Vous voyez, c'est Mel Gibson qui a acheté les droits. Avez-vous allumé votre télé la semaine dernière? Mais qu'est-ce que c'est ça?», s'emporte-t-il, avant de conclure: «Pas moyen que je le laisse toucher à Fahrenheit».
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