Le discours de Barack Obama, diffusé mardi soir en direct du Bureau Ovale, semble ne pas avoir convaincu les Américains. Le manque de propositions concrètes pour nettoyer les côtes a décrédibilisé le Président des Etats-Unis dans sa gestion de la marée noire. Son message d’espoir, un peu vague, a donné l’occasion à ses détracteurs de rappeler que tous les rêves qu’Obama a portés pendant sa campagne pourraient bien se diluer dans la réalité.
Jason Linkins s’interroge, dans le Huffington Post, sur l’intérêt de l’intervention d’Obama. Bien que la volonté d’Obama soit perceptible («Il veut vraiment, vraiment, arrêter la fuite, en faire peser la responsabilité sur BP et nous affranchir de notre dépendance au pétrole»), le chroniqueur regrette le registre sentimental utilisé par le président et l’absence de plan concret: «Si vous espériez que ces plans soient révélés face aux caméras en prime-time, pas de bol. Cela pourra quand même vous réconforter de savoir que si tous les lobbyistes du monde mouraient subitement demain et si tous les législateurs arrêtaient de se comporter comme des faux-culs corrompus, BP serait obligé de payer pour les dégâts et la côte serait restaurée.»
Même constat dans le Los Angeles Times, où le blogueur Andrew Malcolm regrette l’absence de réponse au «comment» les Etats-Unis vont lutter contre la marée noire: «Après deux mois d’attente, les Américains inquiets voulaient savoir: comment allez-vous accomplir cela?».
Même les soutiens traditionnels d’Obama de la chaîne MSNBC ont regretté que «rien de précis ne soit dit», n’ont pas senti de «commandement» et jugent que «ce discours était très bien si vous avez passé les 57 derniers jours sur une autre planète».
Michael Reilly, de Discovery News, rapportant ses impressions en live pendant le discours, conclut : «Au mieux, c’est hors sujet. Si Obama pense que ce discours était utile, il a vraiment perdu le fil sur la marée noire.»
Moins sévère avec le Président, le New York Times n’hésite pas à comparer son intervention à une déclaration de guerre: «Ses ennemis sont les lobbys de l’industrie pétrolière et les législateurs corrompus (...). En dévoilant son plan de bataille pour lever le siège de la fuite qui assaille nos côtes, le commandant en chef espérait passer de la défense à l’attaque, utilisant la crise encore non résolue du Golfe du Mexique pour pousser à un changement de politique énergétique.»
Notant que Obama a su saisir l’opportunité de transformer un fardeau en arme politique, le quotidien américain rappelle que les éoliennes et les panneaux solaires, que Obama appelle de ses vœux, ne pourront pas remplir les réservoirs des véhicules et ne réduiront pas le besoin de forages en mer.
La marée noire qui touche les côtes du Golfe du Mexique représente un Exxon Valdez tous les quatre jours, rappelle la correspondante aux Etats-Unis du quotidien britannique The Guardian. Le discours diffusé mardi devait rassurer les Américains sur la capacité de leur Président à gérer la crise environnementale grave qui touche son pays. Obama ne semble pas avoir réussi à colmater la fuite de confiance dont il est victime.