Un squelette néandertalien ? Un char gaulois ? Non. Des pots de rillettes et des verres Duralex… La fouille archéologique en cours à Jouy-en-Josas (Yvelines) révèle les restes d'un drôle de pique-nique. Elle sera accessible au public ce samedi, comme 91 autres sites, dans le cadre des portes ouvertes de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).
En 1983, l'artiste plasticien Daniel Spoerri organisa un Déjeuner sous l'herbe, facétieuse référence au Déjeuner sur l'herbe de Manet. Après le gueuleton, lui et ses amis avaient enterré leurs restes dans une tranchée. Comme avec ses « tableaux-pièges », collages d'objets sur des toiles verticales, Spoerri menait là une réflexion sur le temps.
Retrouver « la trace des tripes »
Alors qu'il inspectait hier le chantier, Spoerri a remarqué un bout de poterie dans une assiette. « Il y a intrusion d'éléments anciens dans le contexte », note un archéologue. Traduction : un tesson du XVIIe siècle s'est retrouvé dans le remblai utilisé pour combler la tranchée. On trouve aussi des douilles de mitrailleuse de la Seconde Guerre mondiale. Avec six archéologues sur le coup, la fouille n'a rien d'anecdotique. « Plusieurs labos sont intéressés par les résultats, explique Jean-Paul Demoule, ancien directeur de l'Inrap et chercheur. Nous savons ce qu'ils ont mangé, des tripes notamment. On va essayer d'en retrouver des traces avec des analyses chimiques expérimentales. » Si les plats et les bouteilles sont en place, les tables ont disparu. « Elles faisaient deux mètres chacune », se souvient Spoerri. « C'est bizarre, commente un archéologue perplexe, mètre en main. Ah oui, le terrain a dû travailler et les tables se sont chevauchées. »
Mais le travail des archéos n'est pas forcément facilité par le caractère récent du contexte. « Les témoins visuels de l'époque nous donnent des indices contradictoires, s'amuse Jean-Paul Demoule. La plupart situaient mal la tranchée et Daniel Spoerri nous assurait qu'il n'y avait pas de gobelets plastique. Seule la donnée archéologique est vraiment fiable. » Quant aux gobelets plastique, ils sont comme neuf. « C'est effrayant », s'inquiète Daniel Spoerri.
« Aux Etats-Unis, la Garbage Archeology, archéologie des poubelles, consiste à fouiller les décharges, note le chercheur. Une étude menée à Tucson a démontré que 20 % de la nourriture achetée était jetée intacte à la poubelle. »