Les patrons de PME ne connaissent rien à l'Europe. Surtout, ils ne savent absolument pas qu'elle peut les aider dans la gestion de leur entreprise et même les financer. Le Centre d'information européenne de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCIP) a réalisé une étude (lire ici la synthèse) auprès d'un échantillon de 303 PME du Centre et de la région Ile-de-France sur leur perception des institutions européennes et leur connaissance des mesures et actions européennes en faveur des PME. Les résultats de ce sondage font douter de la réalité d'une Europe économique malgré l'adoption en juin 2008 d'un Small Business Act européen (SBA) dont le but est de coordonner l'action européenne en faveur des PME.
D'ailleurs, les PME sondées sont près de 80% à ne pas connaître les mesures contenues dans le SBA sachant qu'elles les touchent pourtant de manière directe. Elles sont plus de 90% à n'avoir jamais entendu parler du statut de société privée européenne, l'un des éléments cruciaux du SBA. Ce statut permet aux petites et moyennes entreprises ayant des filiales dans plusieurs pays européens de réduire leurs coûts de fonctionnement via la création d'une société sous une forme unique, qu'elles exercent leurs activités dans leur propre État membre ou dans un ou plusieurs autres états de l’Union Européenne.
C'est un gain de temps et d'argent pour l'entrepreneur dans la mesure où il peut faire l'économie de conseils juridiques et administratifs pour tout établissement dans un pays autre que son pays d'origine. Or, relève l'enquête, les chefs d’entreprise interrogés jugent que "le principal obstacle au développement de leur entreprise à l’étranger réside dans la difficulté de connaître les législations nationales de chaque Etat membre auxquelles se superpose le droit communautaire". Viennent ensuite les problèmes linguistiques, puis la difficulté d’obtenir des informations fiables sur les marchés des Etats membres. Quoi qu'il en soit, 41% des chefs d'entreprises interrogés pensent qu’à l’heure actuelle, il reste difficile de faire des affaires en dehors des frontières nationales, et 43% que l’appartenance de la France à l’Union européenne n’a pas eu de conséquence sur leur activité.
Les dispositions européennes vont pourtant dans le bon sens. Mais si les premiers concernés ne sont pas au courant, il y a peu de chances que les mesures soient efficaces.
D'autant que les entreprises interrogées ne savent pas qu'elles ont des interlocuteurs abordables pour les questions européennes. La Commission européenne a installé ces dernières années plus de 600 points de contacts locaux dans plus de 40 pays. Leur vocation est d'informer les professionnels sur toutes les activités et les opportunités offertes par l'espace européen, rappelle la synthèse de l'enquête disponible sur le site du CEI (lire ici).
Un point crucial dans la mesure où les PME ont droit à des subventions européennes. Mais plus de 50% de celles qui ont été interrogé l'ignorent et 80% d'entre-elles ne savent pas à qui s'adresser pour obtenir ces fonds. En fait, "43,7 % des entreprises interrogées ne savent pas que les PME ont accès aux financements européens", note l'étude.
De ses résultats, l'on peut déduire trois conclusions extrêmes. Soit l'Europe communique mal et gère toutes les affaires de sa tour d'ivoire sans se préoccuper de leur perception locale et de leur application. Où alors: les chefs d'entreprises français ont des œillères et ne regardent que peu ce qui se passe autour d'eux. Peut-être un peu des deux auquel s'ajoute un manque d'efficacité de l'Etat français qui ne parvient pas à informer ses citoyens. Pourtant, on ne peut pas dire que les sujets ne sont pas traités dans la presse…