La demande de comparution de Total et de son ancien PDG Thierry
Desmarest, déposée par certaines parties civiles, a été au coeur de la
deuxième audience du procès de l'explosion de l'usine AZF, mercredi 25
février à Toulouse. Certaines parties civiles considèrent que
Serge Biechlin, directeur de l'usine à l'époque des faits, et Grande Paroisse, propriétaire d'AZF et filiale de Total, en qualité de personne morale, sont actuellement les seuls prévenus. Ils sont poursuivis pour homicides involontaires, blessures involontaires, destructions et dégradations involontaires par l'effet d'une explosion ou d'un incendie, et infractions au code du travail. Plusieurs associations de victimes, convaincues de la thèse officielle d'un accident chimique favorisé par des négligences, ont tenté sans succès d'obtenir la mise en examen de Total durant les six années d'instruction, estimant que M. Biechlin et Grande Paroisse "n'avaient aucune marge de manoeuvre".
A défaut de mise en examen, 57 personnes ont fait délivrer une "citation directe" de la SA Total et de Thierry Desmarest en septembre 2008. Mercredi 25 février, elles étaient finalement vingt-quatre à défendre cette demande devant le tribunal. "C'est pour que ce procès ne soit pas un simulacre que nous avons décidé de lancer une citation directe", a expliqué l'une d'elles, Jean-François Grellier, peu avant l'audience.
Me Jean Veil, avocat de la SA Total et de Thierry Desmarest, a plaidé "l'irrecevabilité" des citations, rappelant que les demandes de mise en examen du groupe n'avaient pas été suivies par les juges d'instruction. "Il s'agit d'un non-lieu au moins implicite", a-t-il estimé. Me Veil a demandé que le tribunal rende sa décision "sans délai" pour que Total "ne reste pas prisonnier" de cette question jusqu'au délibéré prévu en novembre, tout en promettant que M. Desmarest viendrait en juin devant le tribunal comme témoin.
Le représentant du ministère public a conclu à l'irrecevabilité pour les mêmes raisons, mais a demandé que la décision soit jointe au fond. "La partie civile tente de s'approprier l'action publique en détournant la procédure", a-t-il estimé. Me Simon Cohen, avocat d'une partie des plaignants, a au contraire souligné que c'était "un droit constitutionnel pour un citoyen de déclencher l'action publique". "Ce serait indécent que Total reste absent, il ne peut se prévaloir de l'autorité d'une chose jugée", a-t-il ajouté.