Alors que la banque suisse UBS a été contrainte cette semaine de communiquer le nom de clients soupçonnés par Washington d'évasion fiscale, le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois Jean Asselborn a plaidé dimanche 22 février pour une "redéfinition" du secret bancaire plutôt que son abolition, préjudiciable selon lui à l'ensemble de l'Europe.
"Nous avons 150.000 travailleurs qui traversent la frontière chaque jour pour venir travailler. Quelque 73.000 viennent de France et le reste d'Allemagne et de Belgique. Si notre système bancaire est détruit, ce n'est pas un désavantage uniquement pour le Luxembourg mais pour l'ensemble de la région", a estimé Jean Asselborn dans les colonnes du quotidien Sonntag.
Selon Jean Asselborn, une abolition abrupte du secret bancaire aurait des conséquences néfastes à toute l'Europe en provoquant un reflux des capitaux hors du continent. Une telle mesure entraînerait des pertes d'emplois, a notamment estimé le dirigeant. A l'inverse, il a consenti que le secret bancaire "devait peut-être être redéfini", reconnaissant qu'au "21e siècle, le Luxembourg ne (pouvait) pas baser son économie uniquement" sur lui.
Ces propos interviennent alors que la première banque suisse, UBS, a été contrainte cette semaine de communiquer aux autorités américaines le nom de quelque 250 à 300 noms de clients américains soupçonnés par Washington d'évasion fiscale. Cet accord a connu un rebondissement jeudi 19 février avec l'annonce, par le ministère américain de la Justice, qu'il avait porté plainte pour exiger qu'UBS livre des informations sur 52.000 comptes secrets identifiés par le fisc comme appartenant à des Américains, qui recèleraient près de 15 milliards de dollars d'actifs. Saisie par huit clients d'UBS, la justice suisse s'est de son côté opposée vendredi 20 février au transfert des données par UBS.
Avec la Suisse, le Luxembourg dispose en effet de lois garantissant la stricte confidentialité des titulaires de comptes bancaires. Le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois s'est dit "perturbé" par les critiques visant ces deux pays quant aux causes de la crise financière mondiale. "Il serait fatal et faux de voir ici les responsables de la crise", s'est défendu Jean Asselborn.
Le ministre des Finances britannique Alistair Darling a dénoncé dimanche 22 février le secret bancaire des banques suisses, estimant que l'on ne pouvait pas "tolérer" l'évasion fiscale. Alistair Darling a souligné que les autorités helvétiques devraient réformer les lois fiscales et bancaires du pays pour les aligner avec celles en vigueur en Europe. "Je pense qu'il est important qu'il y ait de la transparence. Personne ne sait ce qui se passe. Ce n'est pas bien, en fait plus de la moitié des problèmes découlent du fait que l'on ne sait pas ce qui se passe", a déclaré le ministre cité par l'hebdomadaire britannique The Observer.
"C'est l'une des choses que la Suisse doit régler. Si (la Suisse) veut faire partie de la communauté internationale, elle doit être ouverte", a-t-il poursuivi. "Le secret qui permet aux gens d'abriter leur fortune sans payer d'impôts comme il se doit, on ne peut pas le tolérer. C'est injuste pour ceux qui n'ont pas d'autre choix que de payer", a insisté le ministre.
The Observer a ajouté que la Grande-Bretagne ne pouvait cependant faire figure de bon élève de l'Europe en ce qui concerne la transparence fiscale, puisque la City de Londres est à l'origine de nombreux systèmes ingénieux permettant aux plus riches "d'optimiser" leurs paiements aux impôts grâce aux territoires offshore qui se trouvent sous la protection de la Couronne britannique.